Ils apportaient de l’ombre et de la fraîcheur à un boulevard déjà très minéral. Depuis mercredi, les arbres du boulevard Jean-Royer, à Tours, tombent les uns après les autres pour permettre la construction de la deuxième ligne de tramway. Une opération prévue de longue date, mais dont les images provoquent colère et incompréhension. Car la ville est dirigée par Emmanuel Denis, maire écologiste réélu en mars dernier, et la suppression d’arbres en pleine ville vient percuter de plein fouet le discours municipal sur la végétalisation et l’adaptation au réchauffement climatique.
Ce mercredi, les tronçonneuses ont donc commencé leur travail boulevard Jean-Royer, cette longue artère reliant la place de la Liberté à la place de Strasbourg. Le chantier doit permettre le passage de la future ligne 2 du tramway, dont la mise en service est prévue à l’horizon 2029.
64 arbres formaient l’alignement du boulevard Jean-Royer
La disparition de ces arbres n’est pas un dommage collatéral découvert au dernier moment. Elle figure dans les documents préparatoires du projet. L’alignement du boulevard Jean-Royer compte 64 arbres, plantés pour l’essentiel en 2000 et 2001. Les études reconnaissent elles-mêmes qu’ils constituent un élément structurant du paysage urbain et qu’ils apportent de l’ombre sur le côté sud du boulevard.
Le maître d’ouvrage explique avoir recherché des solutions permettant leur conservation avant de conclure qu’elles étaient techniquement impossibles. Décaler la plateforme du tramway vers le nord empêcherait notamment, selon les études, de maintenir l’accès automobile à 43 habitations et supprimerait l’espace nécessaire à plusieurs autres aménagements.
Le choix a donc été fait d’installer la plateforme du tramway dans l’axe du boulevard, avec pour conséquence la suppression de la majeure partie de l’alignement existant.
Une justification technique qui n’empêche pas une question beaucoup plus politique : fallait-il absolument faire passer la deuxième ligne par le boulevard Jean-Royer ?
Un tracé contesté depuis des années
Le choix du boulevard Jean-Royer ne fait pas l’unanimité. D’autres itinéraires ont été évoqués au fil des discussions, notamment un passage par le boulevard Béranger ou par les bords de Loire. Des élus, associations et riverains contestent depuis longtemps le tracé finalement retenu. C’est précisément ce choix qui rend les images des arbres abattus particulièrement embarrassantes pour la municipalité écologiste.
D’un côté, la Ville défend la végétalisation des espaces publics, la lutte contre les îlots de chaleur et l’adaptation de Tours à des épisodes caniculaires appelés à devenir plus fréquents. De l’autre, son grand projet de transports conduit à supprimer des arbres qui remplissaient déjà exactement cette fonction. Le contraste est d’autant plus frappant que les rues réellement ombragées restent relativement rares dans une ville largement minéralisée.
Plus de 2 200 arbres promis sur l’ensemble du projet
Le projet ne consiste toutefois pas uniquement à supprimer des arbres. Le Syndicat des mobilités de Touraine annonce la plantation de plus de 2 200 arbres sur l’ensemble du tracé de la ligne 2 et du BHNS, tandis que plus de 600 arbres existants doivent être conservés. Ces nouvelles plantations seront accompagnées de massifs et de couvre-sols, avec des essences présentées comme adaptées au milieu urbain et au changement climatique.
Mais cette compensation globale ne répond que partiellement aux critiques des riverains du boulevard Jean-Royer. Un arbre nouvellement planté ne procure pas immédiatement les mêmes bénéfices qu’un sujet âgé de 25 ans. Il faudra du temps avant que les nouvelles plantations offrent une couverture végétale et un ombrage comparables. Et sur le boulevard Jean-Royer lui-même, l’espace disponible limite fortement les possibilités de remplacement des arbres supprimés. Des bandes plantées sont notamment prévues à partir de la rue Margueron.
Après la rue d’Entraigues, une nouvelle polémique
Le boulevard Jean-Royer n’est pas le premier secteur où le chantier du tramway provoque une controverse autour des arbres. Fin 2025, des coupes réalisées rue d’Entraigues, près du Jardin Botanique, avaient déjà suscité des réactions.
Le chantier de la première ligne de tramway avait lui aussi provoqué des débats similaires. Mais la situation politique a changé : Tours est aujourd’hui administrée par une majorité écologiste, et Emmanuel Denis vient d’obtenir un deuxième mandat à la tête de la ville.
Réélu en mars 2026 avec 47,20% des suffrages au second tour, devant Christophe Bouchet à 43,86%, le maire écologiste porte également le projet en tant que président du Syndicat des mobilités de Touraine. C’est donc bien un choix politique que l’exécutif local doit aujourd’hui défendre.
Des affiches hostiles au maire accrochées aux arbres
Sur place, la contestation est devenue très concrète. Plusieurs arbres condamnés ont été recouverts d’affiches hostiles au tramway ou directement au maire. Des riverains et des passants observent également les opérations d’abattage, commencées mercredi matin et appelées à se poursuivre.
L’émotion est compréhensible : contrairement à une modification de circulation dessinée sur un plan, la disparition d’un arbre est immédiatement visible. Une fois le tronc coupé, aucune présentation du futur aménagement ne peut effacer l’image de la souche.
La polémique a lieu par ailleurs quelques mois seulement après la réélection d’Emmanuel Denis et alors que le maire écologiste s’est récemment retrouvé au centre de plusieurs dossiers nationaux concernant Tours.
Le tramway face à la protection des arbres
Personne ne peut nier l’intérêt environnemental d’un réseau de transports collectifs performant. Une deuxième ligne de tramway peut contribuer à réduire l’utilisation de la voiture, faciliter les déplacements et transformer durablement les mobilités dans l’agglomération. Mais soutenir le tramway n’interdit pas de questionner son tracé.
C’est même tout le cœur de la polémique du boulevard Jean-Royer. Le débat n’oppose pas simplement les défenseurs de l’environnement aux partisans des transports collectifs. Il oppose deux ambitions écologiques : développer une infrastructure de transport décarbonée et conserver des arbres déjà capables de rafraîchir la ville.
À Tours, la municipalité a tranché. Elle a choisi le tramway et son tracé actuel, quitte à sacrifier une grande partie de l’alignement arboré du boulevard Jean-Royer. Elle promet en contrepartie des milliers de plantations à l’échelle globale du projet et de nouveaux aménagements paysagers.
Reste une réalité beaucoup plus immédiate pour les habitants du quartier : les nouveaux arbres auront besoin d’années pour grandir. Boulevard Jean-Royer, les anciens, eux, sont déjà en train de tomber.
