Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, a averti lors du symposium de Jackson Hole que la banque centrale aurait « du travail à faire » si les pressions sur les prix ne s’atténuaient pas suffisamment. Les marchés anticipent désormais une hausse des taux dès septembre.
C’est son premier discours à Jackson Hole, et Kevin Warsh n’a pas cherché à rassurer. Le président de la Réserve fédérale américaine a déclaré samedi que si les responsables de la politique monétaire n’étaient pas convaincus que l’inflation reculait, « il y aurait du travail à faire ». Une formulation volontairement prudente, mais que les marchés ont immédiatement interprétée comme un signal de hausse des taux.
Les derniers chiffres disponibles montrent que les prix ont progressé de 3,4 % sur un an jusqu’en juillet, au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Fed. Un autre indicateur d’inflation suivi de près par l’institution, le PCE (dépenses de consommation des ménages), affiche quant à lui 3,7 %. Warsh a jugé que ces lectures estivales, certes meilleures qu’attendu, ne témoignaient pas d’une « amélioration significative » de la situation.
« Voici mon critère : nous devons être confiants que l’inflation sous-jacente converge vers notre objectif, clairement et à une vitesse suffisante. Dans le cas contraire, nous avons du travail à faire », a-t-il déclaré devant les banquiers centraux, responsables gouvernementaux et universitaires réunis dans le Wyoming pour ce rendez-vous annuel.
Warsh a tenu à préciser que ses propos ne constituaient pas une « forward guidance », cette pratique consistant à envoyer des signaux aux marchés sur les décisions futures de taux, adoptée après la crise financière de 2008. Il estime que cette méthode a « trop duré » et que « partager excessivement les délibérations et s’engager trop tôt sur des décisions futures peut égarer les marchés, les entreprises et les ménages ».
La prochaine réunion de la Fed est prévue les 15 et 16 septembre. Après le discours de Warsh, les données du CME montrent que les anticipations d’une hausse des taux lors de cette réunion ont nettement progressé. Les analystes de Capital Economics estiment que le discours a délivré un message « bien plus clair et plus restrictif » que prévu, laissant « la porte ouverte à une hausse » plus tôt qu’escompté.
Les taux directeurs sont restés inchangés, entre 3,5 % et 3,75 %, lors de cinq réunions consécutives, notamment en raison de la flambée des prix du pétrole liée au conflit entre les États-Unis et l’Iran. Cette hausse de l’énergie a également alimenté les tensions sur les marchés obligataires, où les investisseurs exigent des rendements plus élevés, ce qui renchérit le coût d’emprunt pour le gouvernement fédéral, les entreprises, et in fine pour les ménages via les crédits immobiliers, automobiles et les cartes de crédit.
La dette nationale américaine a franchi le seuil des 40 000 milliards de dollars, un chiffre qui a doublé en une décennie sous les administrations Trump et Biden. Selon le Comité économique conjoint du Congrès, cette dette augmente d’environ 90 000 dollars par seconde, soit 7,8 milliards de dollars par jour. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a annoncé un programme de rachat de dette pour tenter de faire baisser les coûts d’emprunt, mais la réaction des marchés à cette annonce est restée de courte durée.
Nommé par Donald Trump en mai dernier, Warsh hérite d’un contexte délicat. Le président américain avait régulièrement pressé son prédécesseur Jerome Powell de baisser les taux, affirmant que les hausses « maintiennent le pays à terre ». Avec les élections de mi-mandat en ligne de mire et les préoccupations des électeurs sur le pouvoir d’achat, chaque décision de la Fed sera scrutée de près à la Maison-Blanche.
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