Après la mort de deux pompiers mardi près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a rejeté mercredi les critiques syndicales sur l’insuffisance des moyens, tandis que les représentants des sapeurs-pompiers alertent sur un épuisement croissant des effectifs.
Trois pompiers morts en deux semaines, 44 000 hectares brûlés depuis janvier, davantage qu’en 2022 : la situation est tendue, et les syndicats ne décolèrent pas. Pourtant, Laurent Nunez a choisi la fermeté. Depuis une caserne bordelaise où il venait de rencontrer les familles des deux soldats du feu décédés la veille, le ministre de l’Intérieur a martelé que la France « fait face » aux incendies et réclamé qu’on en finisse avec « ces polémiques ».
« Le ‘France bashing’, ça suffit. On est un pays qui sait aussi gérer des crises. On l’a démontré », a-t-il lancé devant la presse. Sur les moyens aériens, il a détaillé un arsenal qu’il juge suffisant : 12 Canadair, 10 hélicoptères bombardiers d’eau, 6 avions AirTractor, 8 Dash projetant du produit retardant, auxquels s’ajoutent 27 appareils appartenant à certains services départementaux. La flotte a été « multipliée par deux » depuis 2022, a-t-il précisé, évoquant de nouvelles livraisons de Canadair prévues en 2028 et 2032. Dans les prochains jours, un A400M capable de larguer 20 000 litres de retardant sera expérimenté. Mais le ministre a lui-même rappelé que « 95 % des feux se combattent par des moyens terrestres » : c’est précisément là que le bât blesse, selon les syndicats.
Guillaume Millet, de la CFDT, pose le problème en termes concrets : « Quand on envoie une colonne de renfort d’une cinquantaine d’hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité. Mais aujourd’hui, on ne fait qu’avec 50, donc les gens sont épuisés. » Sébastien Delavoux abonde : la fatigue génère des « pertes de lucidité » et expose les agents à des risques réels d’intoxication.
La charge opérationnelle dépasse largement la seule lutte contre les feux. Les secours et soins d’urgence aux personnes représentent entre 74 % et 80 % de l’activité totale des sapeurs-pompiers, soit plus de quatre millions de sorties annuelles liées aux détresses médicales et aux accidents du quotidien. David Saquet, président de l’Unsa Pompiers, décrit des agents qui reviennent d’une intervention en forêt après plus de dix heures et sont « réinjectés » aussitôt dans des gardes de 24 heures. « C’est anormal », tranche-t-il.
La situation des pompiers volontaires, qui constituent 80 % des effectifs, inquiète particulièrement Bruno Ménard, porte-parole de leur syndicat national. « On arrive au bout d’un système qui va exploser », prévient-il. Certains volontaires, épuisés, dorment sur des lits de camp entre les camions dans des hangars, avant de repartir travailler chez leur employeur civil entre deux interventions.
Le bilan humain de la saison est lourd. Un sapeur-pompier volontaire de 22 ans avait péri le 8 juillet en Savoie. Selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, six pompiers sont morts en service en 2025, toutes interventions confondues, et huit depuis le début de 2026. Laurent Nunez a proposé aux familles des deux victimes girondines l’organisation d’un hommage national, à la fois en Gironde et dans l’ensemble des préfectures et centres de secours du pays.
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