La colère des restaurateurs prend une tournure particulièrement inquiétante après les violences causées par les casseurs qui ont frappé plusieurs villes françaises samedi 17 octobre. Franck Chaumès, nouveau président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, a révélé que plusieurs professionnels lui avaient annoncé leur intention de prendre les armes et de constituer des milices devant leurs établissements pour empêcher de nouveaux pillages. Une perspective alarmante, alors que les destructions ont touché de nombreux commerces, cafés et restaurants.
Invité sur LCI, le responsable syndical a rapporté que certains de ses collègues lui avaient expliqué qu’ils « vont s’armer » et « mettre des milices » devant leurs établissements. Ces propos témoignent de l’exaspération de professionnels qui estiment ne plus pouvoir compter sur une protection suffisante de leurs commerces.
« On va prendre des battes de base-ball, des armes » : la colère explose
Franck Chaumès a expliqué avoir reçu des dizaines d’appels de restaurateurs depuis les violences de samedi soir. Certains lui ont affirmé qu’ils envisageaient de se munir de battes de base-ball ou d’armes pour protéger leurs établissements lors de prochaines manifestations.
Le président de l’UMIH, élu le 13 octobre pour succéder au chef Thierry Marx, décrit une profession profondément choquée par les destructions. Pour certains exploitants, plusieurs décennies de travail ont été réduites à néant en quelques heures, avec des locaux dévastés, du matériel détruit et des pertes d’exploitation considérables.
La colère est d’autant plus forte que les restaurateurs se considèrent totalement étrangers aux revendications portées par les manifestants. Franck Chaumès a notamment dénoncé les destructions gratuites commises dans des restaurants où les casseurs ne cherchaient même pas à voler des marchandises.
Restaurants saccagés, hôtels menacés : un bilan catastrophique
Les violences du samedi 17 octobre ont frappé de nombreuses villes françaises. À Paris, des restaurants ont été vandalisés et pillés, notamment dans les secteurs de la gare de l’Est et du boulevard Beaumarchais. Des vitrines ont été brisées, des terrasses détruites et plusieurs établissements ont dû interrompre leur activité.
À Lyon, Marseille, Lille et Limoges, les dégradations ont également touché des bâtiments publics et des commerces. L’ampleur des destructions a été particulièrement spectaculaire à Limoges, où l’hôtel de ville a été ravagé par un incendie. D’autres établissements ont subi des annulations de réservations ou des fermetures forcées en raison des affrontements.
Pour les professionnels de l’hôtellerie-restauration, les conséquences dépassent les seuls dégâts matériels. Les fermetures entraînent des pertes de recettes immédiates, alors que les loyers, les salaires et les autres charges continuent de peser sur les entreprises.
L’UMIH réclame une réaction immédiate de l’État
Dans un communiqué publié dimanche 18 octobre, Franck Chaumès a dénoncé les attaques contre les établissements de son secteur : « Nos établissements ne sont pas des défouloirs. Nos professionnels ne peuvent pas être, manifestation après manifestation, ceux qui paient la facture des violences. »
L’organisation professionnelle réclame des mesures urgentes pour protéger les hôtels, cafés et restaurants, ainsi qu’une accélération des indemnisations. Elle demande aux entreprises touchées de se rapprocher de leurs représentants départementaux afin de recenser les dégâts, les pertes d’exploitation et les fermetures contraintes.
Le Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France (GHR) réclame également des mesures de soutien. Sa présidente, Catherine Quérard, a notamment insisté sur la nécessité de venir en aide aux exploitants incapables de rouvrir rapidement et de préserver les emplois menacés.
Des milices privées : ce que permet réellement la loi
Les déclarations rapportées par Franck Chaumès posent également une question juridique. En France, la protection privée d’un commerce est autorisée dans un cadre réglementé, notamment par le recours à des agents de sécurité professionnels. En revanche, la constitution de groupes armés destinés à assurer eux-mêmes le maintien de l’ordre peut constituer une infraction.
L’article L212-1 du Code de la sécurité intérieure prévoit notamment la dissolution des organisations présentant, par leur forme et leur organisation militaires, le caractère de groupes de combat ou de milices privées. Quant à la légitime défense, elle exige une riposte nécessaire, immédiate et proportionnée à une agression. La protection de biens matériels ne permet pas de commettre volontairement un homicide.
Les annonces rapportées par le président de l’UMIH ne constituent donc pas une autorisation de former des groupes armés. Elles montrent néanmoins jusqu’où certains restaurateurs envisagent désormais d’aller pour éviter de subir de nouvelles destructions.
Dimanche soir, Emmanuel Macron a promis que les casseurs devraient payer les dégâts. De leur côté, les professionnels réclament des garanties immédiates sur leur sécurité et leur indemnisation, alors que certains parlent désormais ouvertement de s’armer pour défendre leurs établissements.

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