Entrevue CULTURE

À Paris, le Kazakhstan dévoile sa culture et renforce ses liens avec la France

À Paris, le Kazakhstan dévoile sa culture et renforce ses liens avec la France
À Paris, le Kazakhstan dévoile sa culture et renforce ses liens avec la France

Cinéma, musique, danse, patrimoine : du 17 au 19 septembre, les Journées de la culture du Kazakhstan en France ont offert au public parisien un aperçu d’un pays encore largement méconnu. Derrière les spectacles, Astana entend aussi inscrire durablement ses institutions culturelles dans les grands réseaux français et européens.

Pour beaucoup de Français, le Kazakhstan demeure une terre lointaine. Un immense territoire d’Asie centrale, associé aux steppes, aux routes caravanières et à une histoire dont les contours restent souvent imprécis. Sa création contemporaine, ses grandes institutions artistiques et même une part considérable de son patrimoine restent en revanche peu connus en France.

Durant trois jours, du 17 au 19 septembre, les Journées de la culture du Kazakhstan en France ont précisément entrepris de réduire cette distance. À travers le cinéma, la musique, la danse et plusieurs rencontres institutionnelles, Paris a découvert un pays soucieux de préserver son héritage tout en donnant à voir une culture résolument contemporaine.

Entre héritage et création contemporaine

Le cinéma constituait l’une des premières portes d’entrée. Trois œuvres ont été présentées au public, mêlant patrimoine restauré et productions récentes. Un choix loin d’être anodin : il résume à lui seul une partie du rapport que le Kazakhstan entretient aujourd’hui avec son histoire.

À côté d’un classique du cinéma national restauré, les spectateurs ont ainsi pu découvrir Qaitadan et Igromanka, deux œuvres contemporaines. Pour un public français encore peu familier de cette cinématographie, l’intérêt dépassait la simple découverte de nouveaux réalisateurs.

À travers cette programmation se dessinait plutôt le portrait d’un pays qui ne cherche pas à choisir entre passé et présent. Restaurer les œuvres anciennes tout en donnant une place centrale aux nouvelles générations revient à considérer le patrimoine non comme un objet figé, mais comme le point de départ d’une création nouvelle.

Cette articulation entre mémoire et modernité aura d’ailleurs constitué le fil rouge de ces Journées.

La dombra au cœur de Paris

La musique en a offert une autre illustration. À l’Unesco, un concert a rendu hommage à Ermek Serkebaïev, grande figure de l’art lyrique kazakhstanais, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Son nom reste relativement peu connu en France. Au Kazakhstan, il appartient pourtant à cette génération d’artistes qui a participé au développement d’une véritable tradition lyrique nationale, à la rencontre des héritages locaux et des grandes formes musicales classiques.

Le concert rappelait ainsi une réalité parfois oubliée en Europe occidentale : la culture kazakhstanaise ne se limite pas aux représentations traditionnelles de la steppe et du monde nomade. Elle s’est aussi construite autour des conservatoires, de l’opéra, de la musique symphonique et du ballet.

Cette diversité s’est pleinement exprimée lors du gala de clôture organisé au Théâtre Marigny. Plus de 150 artistes se sont succédé sur scène : musiciens traditionnels, chanteurs, danseurs, représentants d’Astana Opera et d’Astana Ballet.

Au milieu de cet ensemble, la dombra occupait naturellement une place particulière. Avec ses deux cordes et sa silhouette immédiatement identifiable, l’instrument constitue l’un des symboles les plus puissants de la culture kazakhe.

Les kuys, pièces instrumentales interprétées à la dombra, ne sont pas de simples compositions musicales. Ils racontent souvent des histoires, des paysages, des figures historiques ou des épisodes transmis de génération en génération. La musique y tient presque lieu de récit.

En les faisant dialoguer avec l’opéra, le ballet et les formes contemporaines, le spectacle parisien entendait précisément éviter l’écueil du folklore de carte postale. Le patrimoine n’y était pas exposé comme un vestige : il apparaissait comme une matière toujours vivante.

Plus d’un millier de spectateurs ont assisté à cette soirée au Théâtre Marigny. Une fréquentation qui témoigne aussi d’une curiosité française pour cette culture encore rarement présentée à grande échelle à Paris.

De la vitrine culturelle à la coopération institutionnelle

Mais les Journées du Kazakhstan ne se limitaient pas à une succession de spectacles. Dans les coulisses, elles avaient également une dimension diplomatique et institutionnelle beaucoup plus affirmée.

Au musée du quai Branly-Jacques Chirac, responsables de musées, professionnels du patrimoine, bibliothécaires et acteurs du cinéma et du spectacle ont échangé autour de projets communs.

Restauration et numérisation des collections, formation de jeunes professionnels, échanges d’expertise, organisation d’expositions, circulation des artistes ou encore coproductions cinématographiques : autant de sujets moins visibles que les représentations publiques, mais qui pourraient produire des effets durables.

La signature d’un mémorandum entre le Musée national de la République du Kazakhstan et le musée du quai Branly-Jacques Chirac est venue concrétiser cette volonté.

L’objectif est clair : dépasser le cadre d’un événement culturel ponctuel pour installer des relations régulières entre institutions françaises et kazakhstanaises.

Le Louvre dans le viseur d’Astana

Cette stratégie passe également par les plus grandes institutions françaises. Le ministre kazakhstanais de la Culture et de l’Information a ainsi échangé avec la direction du Louvre autour de possibles coopérations, parmi lesquelles figure l’hypothèse de présenter au Kazakhstan des œuvres issues des collections du musée parisien.

Le projet demeure au stade des discussions. Mais sa portée symbolique est importante.

Pendant longtemps, les relations culturelles entre l’Europe occidentale et l’Asie centrale se sont principalement organisées autour d’un mouvement : les pays de la région cherchaient à montrer leurs artistes et leurs collections dans les grandes capitales européennes.

Le Kazakhstan souhaite désormais aller plus loin et se positionner lui-même comme terre d’accueil pour des expositions internationales de premier plan.

Cette ambition accompagne l’émergence de nouvelles institutions culturelles dans le pays et une politique de plus en plus tournée vers les échanges internationaux.

La culture comme autre visage du Kazakhstan

Les discussions engagées avec les responsables français vont dans le même sens : échanges d’artistes, stages, formations, partenariats entre institutions. Derrière le langage traditionnel de la diplomatie culturelle apparaît ainsi un enjeu très concret : transformer des rencontres exceptionnelles en coopération permanente.

Pour la France, ces échanges offrent aussi une autre manière d’aborder le Kazakhstan.

Vu d’Europe, le pays apparaît encore principalement sous l’angle de la géopolitique, des hydrocarbures, des matières premières ou de sa position stratégique entre Russie, Chine et monde occidental. La culture en révèle un autre visage.

Celui d’un État jeune par son indépendance, mais héritier de plusieurs siècles d’histoire. Celui d’une société issue d’une tradition nomade qui possède désormais de grandes institutions consacrées à l’opéra, au ballet, au cinéma et aux arts contemporains. Celui, enfin, d’un pays qui conserve précieusement les sons de la dombra tout en cherchant à les faire entendre bien au-delà de ses frontières.

En trois jours, Paris n’a évidemment pas découvert toute la richesse culturelle du Kazakhstan. Mais ces Journées auront peut-être accompli l’essentiel : donner quelques clés pour comprendre un pays encore mal connu, et susciter l’envie d’aller plus loin.

En diplomatie culturelle comme dans les arts, réduire la distance commence parfois simplement par un film, une scène de théâtre et quelques notes de dombra.

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