Le « Codex Azcatitlan », précieux manuscrit consacré à l’histoire de la civilisation mexica, est présenté à partir de jeudi au Musée national d’anthropologie de Mexico. Conservé en France depuis plusieurs décennies, le document bénéficie d’un prêt de la Bibliothèque nationale de France alors que le Mexique demande sa restitution définitive.
Rédigé au XVIe siècle, peu après l’arrivée des Espagnols, le manuscrit retrace plusieurs étapes de l’histoire mexicaine, de la naissance de l’empire jusqu’à la conquête espagnole. Constitué de 25 feuillets, il mêle les traditions graphiques préhispaniques à des représentations témoignant des transformations intervenues après l’arrivée des Européens.
Un manuscrit au cœur des demandes de restitution
Le retour temporaire du Codex Azcatitlan au Mexique intervient à l’occasion du bicentenaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Le document doit rester exposé à Mexico jusqu’à la fin de l’année, offrant au public mexicain un accès exceptionnel à une pièce considérée comme majeure pour l’étude de l’histoire autochtone.
Le manuscrit a été donné à la Bibliothèque nationale de France en 1898 par la veuve du collectionneur franco-mexicain Eugène Goupil. Il avait auparavant été rapporté en France par Joseph Marius Alexis Aubin, chercheur français spécialisé dans les cultures autochtones d’Amérique. La BnF indique que le don était assorti d’une condition prévoyant la conservation de la collection dans son intégrité.
Le gouvernement mexicain souhaite toutefois aller au-delà de ce prêt temporaire. La présidente Claudia Sheinbaum avait demandé à Emmanuel Macron la restitution du Codex Azcatitlan ainsi que celle du Codex Borbonicus, autre manuscrit conservé en France et consacré notamment aux calendriers de la civilisation mexica.
Le patrimoine préhispanique au centre des revendications mexicaines
Depuis plusieurs années, le Mexique mène une politique active de récupération de pièces historiques conservées à l’étranger. Selon l’Institut national d’anthropologie et d’histoire, plus de 16 000 objets auraient été rapatriés depuis 2018 en provenance de différents pays. Les autorités mexicaines considèrent ces biens comme des éléments essentiels de la mémoire nationale.
Le Codex Azcatitlan occupe une place particulière dans cette démarche. L’anthropologue Diego Prieto souligne que ses illustrations associent des éléments du système graphique préhispanique à des représentations liées à la conquête espagnole et aux changements culturels, urbains et architecturaux qui ont suivi. Le manuscrit constitue ainsi un témoignage de la période de transition entre les sociétés autochtones et le nouvel ordre imposé après la conquête.
La question de son retour définitif reste néanmoins distincte de celle de son prêt. Les deux codex conservés en France n’ont pas été concernés par la loi adoptée en mai pour faciliter certaines restitutions d’œuvres spoliées durant la période coloniale. Le Mexique continue donc de défendre leur retour, tandis que leur présence temporaire à Mexico permet désormais au public de redécouvrir des documents qui occupent une place centrale dans l’histoire du pays.

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