CMA CGM revoit à la baisse son engagement en faveur du pavillon français. Le groupe marseillais avait annoncé que sa flotte immatriculée en France passerait de 30 à 40 navires d’ici 2028, grâce à l’arrivée de dix nouveaux porte-conteneurs de 24 000 EVP. Il ne viserait désormais plus que 33 unités sous pavillon français, selon des informations publiées ce mercredi 30 septembre. Cette décision intervient alors que le débat sur une nouvelle contribution exceptionnelle visant les profits des armateurs revient au premier plan.
L’engagement initial avait pourtant été présenté comme un geste fort en faveur de la souveraineté maritime française. En juillet, lors du baptême du CMA CGM Notre Dame au Havre, le groupe avait confirmé que les dix navires de cette nouvelle série seraient enregistrés sous pavillon français et que leur arrivée permettrait le recrutement de 135 marins français. CMA CGM mettait alors en avant le soutien à la filière maritime nationale, à l’École nationale supérieure maritime et aux emplois qualifiés liés à la marine marchande.
La fiscalité française au cœur du changement de cap
Ce revirement intervient alors que la fiscalité des armateurs est de nouveau contestée à l’approche du budget 2027. CMA CGM bénéficie, comme d’autres compagnies maritimes, du régime dit de la taxe au tonnage, qui permet d’être imposé en fonction de la capacité des navires plutôt que directement sur les bénéfices. Ce dispositif est défendu par le secteur au nom de la compétitivité internationale, mais il fait régulièrement l’objet de critiques en raison de son coût pour les finances publiques.
Le débat a pris une nouvelle ampleur avec la possibilité d’un retour d’une contribution exceptionnelle sur les profits élevés des grands armateurs. Une telle taxe avait déjà été appliquée en 2025 avant d’être abandonnée en 2026. Plusieurs responsables politiques souhaitent désormais la réintroduire, tandis que les professionnels du secteur avertissent qu’une fiscalité jugée instable pourrait fragiliser l’attractivité du pavillon français et pousser certains groupes à privilégier d’autres registres maritimes.
Un signal préoccupant pour la flotte et l’emploi maritime français
La réduction de l’engagement de CMA CGM ne constitue donc pas seulement une décision comptable. Le nombre de navires battant pavillon français conditionne directement des emplois de marins et d’officiers, mais aussi les besoins de formation dans les écoles maritimes. Le plan initial devait porter la flotte française du groupe de 30 à 40 unités, soit une hausse de plus de 30 %, dans un ensemble mondial de plusieurs centaines de navires.
L’affaire illustre surtout le rapport de force qui se dessine entre l’État et l’un des principaux groupes français. D’un côté, les pouvoirs publics cherchent de nouvelles recettes dans un contexte budgétaire tendu. De l’autre, CMA CGM rappelle que ses concurrents évoluent dans un secteur mondialisé où le choix du pavillon et du lieu d’immatriculation dépend fortement des conditions fiscales et sociales. La réduction de 40 à 33 navires constitue ainsi un avertissement clair : la bataille sur la contribution exceptionnelle pourrait désormais avoir des conséquences directes sur la présence maritime française.

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