ÉCONOMIE

Angélique Grasso : « J’ai toujours assumé ma féminité, mon caractère et mes ambitions »

Angélique Grasso : « J’ai toujours assumé ma féminité, mon caractère et mes ambitions »
Angélique Grasso : « J’ai toujours assumé ma féminité, mon caractère et mes ambitions »

Des chantiers de son enfance à la direction de son agence immobilière, Angélique Grasso a construit son parcours avec une même volonté d’indépendance. Connue du grand public grâce à sa participation à « Chasseurs d’appart’ » sur M6 en 2017, elle a également présenté « Cap sur l’immo » sur BFM Lyon entre 2018 et 2019. À la tête d’Avenir Investissement, une agence lyonnaise de 13 collaborateurs, elle accompagne aussi bien des particuliers que des sportifs et des personnalités publiques. Pour Entrevue, elle revient sur ses débuts, son exposition médiatique, les difficultés du marché immobilier et son engagement contre les cancers pédiatriques.

Aimé Kaniki : Avant de parler d’immobilier, qui est Angélique Grasso ? Quels moments de votre enfance ont façonné votre personnalité et votre envie d’entreprendre ?

Angélique Grasso : Avant tout, je suis une fille de la campagne. J’ai grandi dans les Terres froides, entre Grenoble et Lyon, dans un endroit très isolé. Nous étions quatre filles et je suis l’aînée. Mes parents étaient très jeunes : à 22 ans, ils avaient déjà quatre filles. Cela m’a donné assez tôt une forme de responsabilité familiale. Mon père, d’origine sicilienne, était très travailleur. Il a construit notre maison lui-même, petit à petit. Chez nous, tout le monde participait. Nous étions quatre filles, mais cela ne faisait aucune différence : la brouette, les travaux, le chantier, nous étions toutes mises à contribution. Avec le recul, je réalise que j’ai grandi dans les chantiers, avec le plaisir de voir quelque chose se construire. Mes parents avaient de petits moyens et travaillaient à l’usine, donc tout cela prenait du temps. Très tôt, nous étions autonomes. Nous allions seules à l’école. Dans cette petite campagne, ce n’était pas dangereux. Nous participions à la vie de la maison et j’ai fait beaucoup de petits boulots d’été pour essayer de m’en sortir. Je suis partie très jeune de chez moi, vers 17 ans et demi, presque 18 ans.

Comment avez-vous vécu ce départ et cette prise d’indépendance ? Aviez-vous peur ?

J’étais terrorisée ! Imaginez quatre filles avec environ un an d’écart entre chacune et une maman très jeune : nous formions un noyau très fort. Partir m’a désemparée, mais j’avais vraiment besoin de prendre mon envol rapidement. J’avais envie de quitter les Terres froides. J’ai enchaîné les petits boulots tout en passant mon bac. J’ai travaillé dans des magasins de vêtements, de chaussures, puis j’ai commencé très vite dans l’immobilier. Cette indépendance est arrivée rapidement.

Vous avez commencé dans l’immobilier à 19 ans. Pourquoi ce métier ?

C’est arrivé un peu par hasard. Mais c’était un métier qui permettait, à mes yeux, d’avoir de l’ambition et de voir son travail récompensé, tout en avançant de manière autodidacte. Pendant ma jeunesse, des amis de la famille avaient tout quitté pour partir à Paris et se lancer dans l’immobilier. Ils répétaient sans cesse : « L’immobilier, c’est la vie. » Chez nous, avoir une maison à soi représentait une sécurité, parce que sa construction avait été très longue. À force d’entendre parler de ce métier, il était devenu une évidence. J’étais attirée par cette possibilité de ne pas avoir de plafond, de ne pas avoir de limite dans son travail ou dans sa réussite.

Que retenez-vous de vos premières années ? Vous souvenez-vous d’un moment où vous avez dû prendre vos responsabilités ?

À la base, j’étais une fille très timide. Le commerce n’était pas quelque chose d’acquis pendant mon adolescence. Mais j’ai commencé à une période où tout allait très bien dans l’immobilier. Nous faisions les visites et rédigions nous-mêmes nos compromis à la main, parfois dans le bar d’en bas ou sur les capots de voiture. C’était une époque assez incroyable. J’avais un chef d’agence très atypique, qui nous laissait nous débrouiller en nous disant : « Vas-y, va sur le terrain, débrouille-toi. » Un jour, alors que j’avais à peine 19 ans et pas encore beaucoup d’assurance, il m’a annoncé qu’il ne serait pas là et que je devais faire le compromis avec les deux notaires et les clients. Je me suis retrouvée dans le fauteuil du patron, à essayer d’expliquer le compromis aux notaires et aux acquéreurs. Je me sentais toute petite dans mon siège ! Mais il m’avait poussée à prendre ma place et à me débrouiller. J’ai trouvé que c’était la meilleure école de la vie. Il y avait aussi une ambiance particulière. Nous avions tous ce côté indépendant, que j’adorais dans ce métier. Les années ont été très bonnes jusqu’en 2008. Avec la crise, les choses se sont ensuite compliquées.

Avec l’expérience, votre manière de travailler et vos priorités ont-elles changé ?

Pratiquement pas, finalement. C’est ce qui fait que je ne me lasse pas. Je mets le même engouement pour un studio que pour un château. Pour moi, un premier investissement dans la pierre peut être le début d’une ascension. J’ai moi-même commencé avec de petits biens. Il y a eu des années favorables, qui ont permis cette progression. Cela m’aide à garder des yeux neufs sur chaque projet. Pourvu que cela dure le plus longtemps possible ! Je souhaite accompagner les gens le mieux possible, notamment dans les difficultés actuelles. Aujourd’hui, c’est très dur. Certaines personnes qui ont acheté il y a trois ou quatre ans risquent de ne pas récupérer leur argent en vendant. J’essaie donc d’être plus performante dans les solutions que je peux leur apporter pour les aider à se débrouiller.

Dans ce contexte difficile, quelles alternatives pouvez-vous proposer à vos clients ?

Après le Covid, en anticipant une crise qui n’est finalement pas arrivée immédiatement, j’avais développé la gestion locative. C’est un métier très complexe, extrêmement pointilleux et très différent de la transaction. J’ai fait grandir cette activité en essayant de lui donner l’image de l’agence que je voulais créer. Aujourd’hui, cela me permet de proposer à certains propriétaires de louer leur bien plutôt que de vendre dans de mauvaises conditions. Tout le monde ne peut pas accepter cette solution. Certaines personnes ont besoin de vendre pour acheter autre chose ou parce qu’elles ont d’autres priorités. Mais, lorsque c’est possible, percevoir des loyers peut permettre de continuer à payer son prêt en attendant. Sur de gros dossiers, les pertes à la vente peuvent représenter 100 000, 200 000, parfois 500 000 euros. Dans ces cas-là, louer et attendre peut constituer une solution.

Vous les accompagnez aussi dans les travaux et la présentation du logement ?

Oui. Comme j’ai grandi avec les travaux, j’essaie de les accompagner sur ces aspects. J’ai également un magazine dans lequel je cherche à proposer des solutions aux différentes problématiques liées à l’immobilier. Lorsqu’un bien n’est pas très beau ou qu’il n’est pas meublé, je peux conseiller les propriétaires. J’ai une vision assez claire des travaux à réaliser. Grâce à la gestion locative, j’ai aussi un réseau d’artisans sympathiques et efficaces, qui permettent de faire certaines améliorations sans que cela coûte trop cher. Il s’agit parfois de rénover un peu pour mieux mettre le logement en valeur, mais aussi de le meubler. Les gens se projettent tellement mieux quand un bien est habillé et chaleureux. J’essaie de conseiller au mieux les propriétaires, soit pour obtenir la meilleure vente possible, soit pour partir sur une mise en location. Nous pouvons les accompagner sur la location, les travaux et la mise en valeur. Aujourd’hui, ma plus grande fierté reste d’avoir construit Avenir Investissement, une agence indépendante qui compte 13 personnes. Nous accompagnons aussi bien des familles dans leurs projets de vie que des clients à la recherche de propriétés d’exception. Ce qui me passionne, c’est de trouver des solutions, de repenser les projets et de continuer à me réinventer.

Comment l’opportunité de participer à « Chasseurs d’appart’ » s’est-elle présentée ?

J’ai été démarchée sur LinkedIn. Je ne connaissais pas l’émission. J’ai trouvé l’idée sympathique : un challenge immobilier, pourquoi pas ? J’ai passé le casting, puis j’ai regardé le programme. J’avais déjà ma petite agence et nous étions cinq. Cela représentait une occasion de sortir de mon quotidien. Comme je suis joueuse et que j’aime les défis, j’ai pris cette aventure au sérieux.

Angélique Grasso : « J’ai toujours assumé ma féminité, mon caractère et mes ambitions »

Comment avez-vous vécu le fait de passer de votre quotidien d’agent immobilier à une exposition télévisuelle ?

Au départ, c’était assez local, avec les émissions diffusées vers 18 heures. J’ai trouvé cette exposition très douce. Cela a été plus violent lorsque j’ai fait mon premier prime time. La visibilité était beaucoup plus forte, avec des retentissements parfois négatifs ou plus virulents. Je découvrais Twitter, que je ne connaissais pas, et les réseaux sociaux, sur lesquels je n’étais pas très présente à l’époque. Ce sont des choses que j’ai appris à connaître. J’ai su faire la part des choses et je n’ai pas eu le sentiment de subir cette expérience.

Il y avait notamment eu une polémique autour des commentaires de la voix off sur votre physique. Quel regard portiez-vous sur ces remarques ?

La voix off s’amusait régulièrement avec des jeux de mots sur mon physique. C’était l’esprit de l’émission, avec un humour parfois un peu lourd, mais qui me faisait plutôt sourire. J’ai toujours assumé ma féminité et je ne me suis jamais sentie blessée par ces remarques. Je comprends que certains aient pu être choqués, mais personnellement, j’ai pris cette expérience avec beaucoup de recul et d’autodérision. J’en garde surtout de très bons souvenirs.

Après cette expérience, vous a-t-on proposé un programme centré sur vous ?

Non. On m’avait proposé de refaire « Chasseurs d’appart’ », dans la même version, mais cela est arrivé pendant une période compliquée de ma vie. J’ai perdu ma petite sœur, qui avait un cancer terrible. Après six challenges, je me disais aussi que je finirais peut-être par perdre un jour. Franchement, c’était quelque chose que j’aurais eu du mal à accepter. L’aventure s’est arrêtée comme cela, assez délicatement. On ne m’a jamais proposé de programme centré sur moi.

Seriez-vous prête à refaire de la télévision ou à développer un format sur Internet ?

Oui, parce que transmettre et partager ma passion, franchement, j’adore cela. Aujourd’hui, avec l’évolution des réseaux sociaux, je m’expose beaucoup plus. Certaines agences sont très présentes sur ces supports et la concurrence évolue aussi sur mon marché lyonnais. Cela me pousse à être régulièrement présente. Je suis d’une génération un peu entre les deux. Il fallait donc, à un moment donné, me provoquer et sortir de mes habitudes. Refaire de la télévision ou développer un format ne me déplairait pas du tout, au contraire.

Vous accompagnez une clientèle variée, dont des sportifs comme Rayan Cherki et des personnalités publiques. Comment ces clients sont-ils arrivés jusqu’à vous ?

Au fil des années, j’ai développé un portefeuille de biens de plus en plus haut de gamme. Cela m’a amenée à rencontrer une clientèle différente, parfois internationale, avec des attentes particulières. Petit à petit, j’ai accompagné des sportifs, des personnalités publiques et des cadres d’entreprise, parfois plus anonymes. Lorsqu’ils arrivaient en France, certains n’avaient aucun réseau et ne connaissaient personne. Je me retrouvais un peu à jouer le rôle de concierge gratuite pour ces personnes que j’avais envie d’aider et d’accompagner. Cela a aussi contribué à me pousser à développer la gestion locative. Au fur et à mesure, j’ai essayé d’affiner les demandes et de mieux comprendre les besoins de chaque personnalité ou de chaque joueur. C’est grâce à la disponibilité de mes biens, parce que je cherchais à avoir ce qu’il fallait au moment de leur arrivée, que j’ai pu construire ce réseau. Il n’est pas exclusif. Si je n’ai pas le bon logement, ils cherchent ailleurs. Mon défi, un peu comme dans « Chasseurs d’appart’ », consiste à être prête lorsqu’ils arrivent, avec ce dont ils ont besoin, pour pouvoir leur donner satisfaction.

Angélique Grasso : « J’ai toujours assumé ma féminité, mon caractère et mes ambitions »

Disposez-vous d’informations en amont sur l’arrivée des joueurs, afin de préparer vos recherches ?

Pas particulièrement. Je connais les dates du mercato et je lis les informations dans les journaux, comme tout le monde. Même au sein des clubs, les choses se décident souvent au dernier moment. On en parle parfois davantage dans la presse en amont que lorsque la décision finale est réellement prise. Je reste donc en veille. Aujourd’hui, les gens pensent à moi parce qu’au fil du temps, ils ont compris que je pouvais chercher, provoquer la rencontre et disposer de biens susceptibles de leur correspondre.

Votre métier vous fait entrer dans des moments importants de la vie de vos clients. Que représente un logement à vos yeux ?

Nous intervenons souvent à un moment où tout est en train de changer : une naissance, une séparation, une mutation ou une succession. Derrière chaque vente, il y a parfois vingt ou trente ans de souvenirs. Derrière un achat, il y a souvent un projet de vie qui commence. Je pense aussi aux relations qui se mettent en place et qui finissent parfois par devenir des amitiés. J’ai énormément d’anecdotes, même s’il faudrait changer les prénoms pour les raconter. Ce sont parfois des histoires improbables, des rencontres qui vous bousculent et qui vous amènent à réfléchir à des choix très différents des vôtres.

Avez-vous un exemple de rencontre qui vous a surprise ?

Une histoire qui m’a particulièrement marquée et qui m’a donné une belle leçon. Je commercialisais un appartement exceptionnel à Lyon, au pied du métro Foch, affiché à 2,5 millions d’euros, avec une terrasse et une véritable piscine sur le toit. Un bien rarissime ! À ce niveau de prix, je recevais principalement des dirigeants d’entreprise et des profils déjà bien installés professionnellement. Un jour, un jeune couple d’à peine 22 ans se présente pour une visite. Je dois reconnaître que j’étais assez surprise. Je me suis même dit que les parents devaient probablement être derrière ce projet. La jeune femme visite l’appartement, tombe immédiatement sous le charme et me lance, avec un naturel désarmant : « C’est mon premier appartement, je l’adore, je le veux ! Mais je n’ai jamais acheté… Comment ça marche ? » Et là, je découvre son histoire. À seulement 22 ans, elle avait créé une crème capillaire destinée à un type de cheveux très spécifique et avait connu une réussite entrepreneuriale fulgurante, jusqu’à être cotée en Bourse. Elle a acheté l’appartement comptant ! Cette rencontre m’a donné une formidable leçon : il ne faut jamais enfermer les gens dans une case, ni présumer de leur parcours, de leur réussite ou de leurs capacités en fonction de leur âge ou de leur apparence.

En tant que femme, avez-vous rencontré des difficultés particulières dans l’immobilier ?

J’ai commencé dans l’immobilier à 19 ans, dans un univers où les hommes étaient très présents. Mais je n’ai jamais considéré le fait d’être une femme comme un frein. J’ai toujours assumé ma féminité, mon caractère et mes ambitions. Très jeune, j’ai appris à m’imposer, à défendre mes idées et surtout à faire mes preuves sur le terrain. Dans ce métier, ce qui fait la différence, ce sont la détermination, le travail et la confiance que l’on inspire. Et ça, que l’on soit un homme ou une femme !

Quelle place votre vie professionnelle occupe-t-elle aujourd’hui dans votre quotidien ?

Je vis, je dors, je mange immobilier ! Je suis vraiment très prise par mon travail. Mais j’ai aussi deux enfants, qui occupent une place importante dans ma vie. J’adore le sport.Avec le développement de l’agence, qui compte aujourd’hui treize personnes, je peux davantage déléguer. J’ai une très bonne équipe et une ambiance dans laquelle je m’épanouis. Cela me permet de prendre davantage de temps pour le sport. Je fais maintenant des compétitions et je me suis lancée dans l’Hyrox. J’adore cela. J’ai mon heure de sport par jour. Même avec les contraintes du travail, je la fais. Je ne me laisse pas le choix. J’ai également joué du piano pendant une dizaine d’années, même si je le délaisse un peu aujourd’hui. Le sport, en revanche, m’anime autant que l’immobilier.

Vous vous êtes également engagée contre les cancers pédiatriques. Comment cette démarche est-elle née ?

Après le décès de ma petite sœur, j’ai commencé à organiser des galas. Elle était quelqu’un qui n’acceptait pas que l’on puisse pleurer sur la situation.J’ai organisé un gala assez extraordinaire qui a permis de récolter 400 000 euros, intégralement reversés à la recherche contre les cancers pédiatriques.Des personnalités comme Gad Elmaleh, Didier Deschamps, Julien Lepers, qui animait, ou Philippe Corti m’ont accompagnée. Beaucoup de célébrités m’ont suivie dans cette démarche.Le projet a grandi au fur et à mesure des années. Cela prend une place énorme dans ma vie personnelle. Je trouve formidable de pouvoir utiliser mes relations et mon expérience dans le business pour une cause qui a besoin d’être entendue.

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