Sur les 1,4 milliard d’euros provisionnés depuis le printemps pour financer les aides carburant, environ 800 millions seulement ont effectivement été réclamés par les bénéficiaires, selon les chiffres communiqués par le ministère du Budget. Autrement dit, près de 600 millions d’euros sont restés inutilisés. Ce niveau de non-recours permet au gouvernement de financer les nouvelles mesures annoncées le 22 septembre sans alourdir immédiatement l’enveloppe globale. Le coût de cette extension est estimé à 450 millions d’euros. Le paradoxe est donc frappant : alors que la hausse des prix à la pompe reste un sujet majeur de pouvoir d’achat, une part importante des aides prévues n’a pas été demandée. Le gouvernement précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’une « cagnotte » au sens budgétaire, les finances publiques ayant parallèlement enregistré une perte de 407 millions d’euros de recettes fiscales liées aux carburants au 20 septembre.
Le dispositif dit des « grands rouleurs » va ainsi être prolongé pour les mois d’octobre, novembre et décembre. Il concernera désormais 5,5 millions de personnes, contre environ 3 millions jusqu’ici. L’aide forfaitaire sera de 100 euros pour trois mois, ce que le gouvernement présente comme l’équivalent d’une compensation d’environ 40 centimes par litre sur la consommation moyenne correspondant au dispositif. Pour les personnes déjà bénéficiaires au printemps et à l’été, le versement doit être automatique. Les nouveaux demandeurs devront passer par le site impots.gouv.fr, renseigner notamment leur numéro fiscal et l’immatriculation de leur véhicule, puis certifier qu’ils remplissent les conditions liées à l’utilisation professionnelle de leur voiture.
Le non-recours devient un élément central de la politique d’aide
Le fait que près de 600 millions d’euros n’aient pas été consommés soulève une question importante : pourquoi autant de personnes éligibles ne réclament-elles pas les aides disponibles ? Plusieurs explications sont possibles. Certaines peuvent ignorer qu’elles sont éligibles, d’autres renoncer face aux démarches administratives ou estimer que le montant de l’aide ne justifie pas la procédure. Le dispositif initial visait les travailleurs modestes utilisant leur véhicule pour se rendre au travail et imposait plusieurs critères, notamment de revenus, d’activité et de kilométrage. Le formulaire n’a par ailleurs ouvert que le 27 mai 2026, ce qui a laissé quelques mois seulement aux bénéficiaires potentiels pour effectuer leur demande.
Le gouvernement semble avoir tiré une partie des leçons de ce non-recours en automatisant le versement pour les anciens bénéficiaires. C’est un changement important : une aide versée sans nouvelle démarche a beaucoup plus de chances d’atteindre effectivement son public. L’élargissement du dispositif s’accompagne aussi d’une hausse du nombre de personnes potentiellement concernées, avec 2,5 millions de bénéficiaires supplémentaires. L’objectif est de mieux cibler ceux qui ne peuvent pas réduire facilement leur consommation de carburant parce qu’ils dépendent de leur voiture pour travailler, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
Une réponse à la hausse persistante des prix à la pompe
Ces mesures interviennent dans un contexte de tension durable sur les carburants. Le gouvernement attribue la hausse des prix aux destructions et perturbations touchant les capacités de production et de raffinage au Moyen-Orient, en Russie et en Ukraine. Plutôt qu’une baisse générale des taxes ou une remise uniforme à la pompe, l’exécutif continue donc de privilégier des aides ciblées vers les ménages et les professionnels les plus exposés. Les annonces du 22 septembre comprennent également plusieurs soutiens sectoriels destinés notamment aux taxis, aux transports, aux pêcheurs ou à certaines professions dépendantes de leur véhicule.
Le gouvernement prépare enfin une règle d’or sur la fiscalité des carburants dans le budget 2027. Le principe annoncé est simple : lorsqu’une hausse des prix génère un surplus de recettes fiscales, ce surplus doit être reversé vers des dispositifs de soutien liés à la crise énergétique. Pour l’instant, la situation est inverse puisque l’État affirme avoir perdu plusieurs centaines de millions d’euros de recettes en 2026. Le débat se déplace donc progressivement : au-delà du montant des aides, la question est désormais celle de leur accès réel. Les 600 millions d’euros non utilisés montrent que voter ou provisionner une enveloppe ne garantit pas qu’elle soit effectivement perçue par ceux auxquels elle est destinée.

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