Le Grand Palais consacre sa grande exposition de rentrée à Paul Cézanne et à l’influence considérable qu’il a exercée sur les artistes qui lui ont succédé. Ouverte le 23 septembre et présentée jusqu’au 17 janvier 2027, « Cezanne et nous » réunit 174 œuvres, dont 69 de Cézanne et 105 réalisées par 78 autres artistes. Gauguin, Matisse, Picasso, Mondrian, Joan Mitchell, Bridget Riley ou encore Peter Doig figurent parmi les peintres convoqués pour montrer comment l’œuvre de Cézanne a traversé plus d’un siècle de création.
Longtemps, Cézanne n’a pourtant pas occupé la place centrale qui est aujourd’hui la sienne. Rejeté à plusieurs reprises par le Salon officiel, il reste en marge d’une partie du monde artistique parisien avant que plusieurs peintres ne commencent à regarder son travail avec attention. Gauguin, Signac puis de jeunes artistes découvrent dans ses paysages, ses portraits et ses natures mortes une autre manière de construire un tableau. À sa mort en 1906, son influence est déjà profonde. La grande rétrospective organisée au Salon d’automne en 1907 achève d’en faire une référence pour toute une génération.
Une autre manière de construire la peinture
Chez Cézanne, la perspective traditionnelle est régulièrement malmenée. Les objets semblent parfois légèrement inclinés, les plans ne s’alignent pas toujours et les paysages sont organisés en masses de couleurs. La montagne Sainte-Victoire, peinte à de nombreuses reprises, devient moins un simple motif qu’un terrain d’expérimentation. Cézanne cherche à donner une structure à ce qu’il voit plutôt qu’à en produire une copie exacte.
C’est cette liberté qui va particulièrement intéresser les artistes du début du XXe siècle. Picasso et les cubistes voient dans ses recherches une manière de déconstruire les volumes et les points de vue. Matisse retient davantage le rôle de la couleur et l’équilibre de la composition. Mondrian poursuivra la simplification des formes jusqu’à l’abstraction. Cézanne devient ainsi une référence commune pour des peintres qui prennent ensuite des directions très différentes.
Une influence qui ne s’arrête pas aux avant-gardes
L’exposition ne limite pas son propos aux artistes historiques de la modernité. Joan Mitchell, Bridget Riley ou Peter Doig permettent de mesurer la persistance du dialogue avec Cézanne bien après Picasso ou Matisse. Chez certains, le lien passe par le paysage. Chez d’autres, il concerne davantage la perception, la construction de l’espace ou la relation entre couleur et forme.
Le parcours du Grand Palais repose sur ces confrontations. Les tableaux de Cézanne sont placés en regard d’œuvres postérieures afin de faire apparaître des rapprochements sans chercher à établir une filiation systématique. Une nature morte peut ainsi dialoguer avec une peinture abstraite, tandis qu’un paysage de Provence trouve un écho plusieurs décennies plus tard chez un artiste qui ne peint pourtant plus du tout de la même manière.
Un peintre impossible à réduire à un seul mouvement
Cézanne occupe une place particulière dans l’histoire de l’art précisément parce qu’il reste difficile à enfermer dans une catégorie. Il a fréquenté les impressionnistes, mais son travail s’en éloigne progressivement. Il prépare certaines recherches du cubisme sans avoir lui-même été cubiste. Son influence se retrouve ensuite jusque dans l’abstraction et dans des pratiques contemporaines.
Une position qui s’explique aussi pourquoi son œuvre continue d’être régulièrement revisitée. Plusieurs générations ont trouvé chez lui des réponses différentes à une même interrogation : comment organiser un tableau lorsque la peinture ne cherche plus seulement à reproduire fidèlement ce que l’œil voit ?
Plus d’un siècle de dialogue
Avec « Cezanne et nous », le Grand Palais ne cherche donc pas seulement à réunir de grands noms autour d’un maître reconnu. L’exposition montre surtout comment un artiste peut continuer à nourrir le travail de peintres nés plusieurs décennies après sa disparition. Les œuvres réunies couvrent des périodes et des styles très éloignés, mais reviennent régulièrement aux mêmes questions de forme, d’espace, de couleur et de perception.
Cézanne apparaît ainsi moins comme un modèle à imiter que comme un peintre auquel d’autres artistes ont constamment dû se confronter. Plus de cent vingt ans après ses dernières grandes toiles, son œuvre conserve cette capacité à ouvrir des pistes plutôt qu’à imposer une formule. C’est sans doute ce qui explique qu’elle reste aussi présente dans la peinture contemporaine.

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