Jordan Bardella a saisi l’Arcom après la diffusion, lundi 7 septembre, d’un reportage du 20 Heures de France 2 consacré à l’accord migratoire qu’il a signé avec Nigel Farage. Le président du Rassemblement national reproche à la chaîne publique d’avoir longuement exposé les éléments mettant en cause le contenu de cet accord sans diffuser la réponse apportée par Fabrice Leggeri, député européen RN et ancien directeur de Frontex, que le parti avait chargé de défendre sa position.
Le différend porte sur un point très précis. France 2 a découvert une différence entre les versions française et anglaise de l’accord signé le 4 septembre à Birmingham. Dans la version anglaise figure une phrase indiquant que la France accepterait le retour sur son territoire de migrants interceptés dans les eaux britanniques. Cette phrase n’apparaît pas dans la version française présentée parallèlement.
Cette polémique intervient alors que le RN multiplie depuis plusieurs jours les précisions sur sa politique migratoire, notamment sur le renvoi vers leur pays d’origine des migrants ayant traversé la Manche.
France 2 pointe une phrase absente de la version française
Pour comprendre la colère de Jordan Bardella, il faut revenir au contenu exact du reportage. Le 4 septembre, Jordan Bardella et Nigel Farage, patron du parti britannique Reform UK, ont signé un protocole d’accord destiné à organiser leur coopération contre l’immigration clandestine entre la France et le Royaume-Uni s’ils arrivent au pouvoir.
Le principe présenté par les deux partis est le suivant : le Royaume-Uni pourrait intercepter des embarcations parties des côtes françaises et ramener leurs occupants vers la France. La France devrait ensuite procéder à leur éloignement vers leur pays d’origine. Cet accord a déjà été défendu publiquement par plusieurs responsables du RN, notamment Laurent Jacobelli, qui a détaillé le durcissement de la politique d’asile et d’éloignement voulu par son parti.
France 2 s’est cependant penchée sur les deux versions du document. Dans les textes français et anglais figure la disposition selon laquelle « la France reconduira ces personnes vers leur pays d’origine ». Mais la chaîne a relevé qu’une autre phrase apparaît uniquement dans la version anglaise : « La France acceptera en principe ces personnes ».
Autrement dit, la version anglaise indique explicitement une étape que la version française ne mentionne pas : avant leur éloignement vers leur pays d’origine, les migrants interceptés par les Britanniques pourraient être ramenés sur le territoire français.
Le reportage pose la question d’un engagement caché aux Français
C’est cette différence que L’Œil du 20 Heures a placée au centre de son reportage, avec cette interrogation : Jordan Bardella avait-il été « piégé par la traduction » ?
Le sujet a également donné la parole à des sympathisants RN à Calais, surpris en découvrant que la France pourrait reprendre les personnes interceptées dans les eaux britanniques. France 2 a ensuite rappelé une déclaration de Marine Le Pen datant de 2021, dans laquelle elle défendait une position différente : les Britanniques devaient selon elle renvoyer eux-mêmes les migrants arrivés chez eux vers leur pays d’origine, plutôt que de les retourner en France.
Interrogée à nouveau le 7 septembre, Marine Le Pen n’a pas souhaité développer immédiatement sa position. « J’en parlerai quand j’aurai décidé de le faire, c’est-à-dire sous peu », a-t-elle répondu.
Le RN avait pourtant répondu : France 2 n’a pas diffusé son représentant
C’est ici que se situe précisément le reproche de Jordan Bardella. Le président du RN affirme que France 2 avait recueilli une réponse de Fabrice Leggeri, député européen du Rassemblement national et surtout ancien directeur exécutif de Frontex, l’agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne.
Cette intervention devait donc permettre au RN de répondre directement aux questions soulevées par le reportage sur le contenu de l’accord et sur cette phrase absente de la version française. Mais, selon Jordan Bardella, la réponse enregistrée de Fabrice Leggeri n’a finalement pas été diffusée à l’antenne. « La réponse de notre député européen Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex, n’a même pas été diffusée à l’antenne », a dénoncé Jordan Bardella.
C’est bien cette absence qui motive sa saisine de l’Arcom. Bardella ne reproche donc pas simplement à France 2 d’avoir enquêté sur la différence entre les deux versions de l’accord. Il lui reproche d’avoir consacré son sujet à cette différence, d’avoir présenté les interrogations qu’elle suscite, tout en écartant du montage la réponse du responsable RN interrogé pour défendre le texte.
« Un reportage à charge » : Bardella saisit l’Arcom
Jordan Bardella estime que ce choix éditorial constitue un manquement suffisamment sérieux pour saisir le régulateur de l’audiovisuel. « Le service public de l’audiovisuel, via le JT de 20h de France 2, a diffusé hier un reportage à charge, sans aucun contradictoire, sur la politique que nous mettrions en œuvre pour stopper l’immigration illégale qui transite de la France vers le Royaume-Uni », a-t-il écrit sur X. Puis il annonce : « Face à ce manquement à la déontologie la plus élémentaire, j’ai saisi l’ARCOM. »
L’Arcom pourra désormais examiner le reportage et apprécier si France 2 a respecté ses obligations en matière d’honnêteté, de rigueur et de pluralisme de l’information.
Bardella attaque de nouveau l’audiovisuel public
Jordan Bardella a profité de cette affaire pour élargir son accusation au traitement médiatique du Rassemblement national pendant la campagne présidentielle. « Dans cette campagne présidentielle, le rôle des médias, particulièrement du service public, n’est pas de militer matin midi et soir contre le Rassemblement National : c’est d’informer les Français en toute impartialité », a-t-il ajouté.
Ce n’est pas la première attaque de Jordan Bardella contre l’audiovisuel public. Début septembre, il avait déjà violemment dénoncé une chronique de France Inter visant le député RN Jean-Philippe Tanguy.
La nouvelle affaire est cependant différente : cette fois, la contestation porte directement sur le montage d’un reportage d’information et sur la non-diffusion de la réponse d’un responsable politique interrogé pour répondre aux éléments présentés. C’est désormais à l’Arcom de déterminer si ce choix éditorial constitue ou non un manquement aux obligations de France 2.

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