La France a décidé de ne pas prolonger l’accord migratoire conclu avec le Royaume-Uni à l’été 2025. Le dispositif, qui arrive à expiration le 1er octobre 2026, permettait à Londres de renvoyer vers la France certains migrants arrivés clandestinement par la Manche, en échange de l’accueil outre-Manche d’un nombre équivalent de demandeurs d’asile présents en France par une voie légale. Paris estime désormais que le mécanisme n’a pas produit les résultats attendus et souhaite replacer la gestion des traversées dans un cadre davantage européen.
Depuis sa mise en place, l’accord était présenté comme une tentative de créer un effet dissuasif face aux traversées en « small boats ». Son bilan apparaît cependant limité. Environ 1 400 retours auraient été réalisés alors que quelque 50 000 personnes avaient tenté de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche en 2025, auxquelles se sont ajoutées environ 17 000 personnes durant le premier semestre 2026. Le coût du dispositif, estimé à environ 56 000 livres par personne renvoyée, a également nourri les critiques sur son efficacité.
Paris veut européaniser la gestion des traversées de la Manche
La décision française s’inscrit dans une évolution plus large de la politique migratoire européenne. Depuis juin, la France applique le Pacte européen sur la migration et l’asile, qui renforce notamment les procédures aux frontières extérieures et harmonise davantage les règles d’asile entre États membres. Paris défend désormais l’idée que les traversées de la Manche ne peuvent plus être gérées principalement dans le cadre d’un face-à-face avec Londres.
La Commission européenne avait déjà présenté en juin un plan consacré à la « route de la Manche ». La France y avait vu un premier pas vers une reconnaissance du caractère européen de ce dossier. Pour Paris, la lutte contre les réseaux de passeurs, les départs depuis les côtes françaises et la gestion des demandes d’asile doivent être davantage coordonnées entre le Royaume-Uni, la France et les autres pays européens concernés.
Un nouveau sujet de tension entre Paris et Londres
La fin de l’accord constitue néanmoins un revers politique pour le gouvernement britannique, qui souhaitait prolonger le dispositif. Londres continue de subir une forte pression intérieure sur l’immigration irrégulière et sur les arrivées par la Manche. Le mécanisme franco-britannique représentait l’un des rares outils permettant au Royaume-Uni de renvoyer directement vers la France certaines personnes ayant effectué la traversée clandestinement.
La coopération migratoire entre les deux pays ne disparaît pas pour autant. Depuis le traité du Touquet de 2003, Paris et Londres ont conclu de nombreux accords portant sur le contrôle de leur frontière commune, le financement des dispositifs de surveillance et la lutte contre les passeurs. Mais la disparition du « one in, one out » ouvre une nouvelle phase : la France souhaite désormais réduire le poids d’un dispositif bilatéral qu’elle juge insuffisant et faire de la Manche un dossier davantage partagé à l’échelle européenne.

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