Un tribunal de Pskov a reconnu lundi Lev Chlosberg coupable de « discrédit » des forces armées russes et de « diffusion de fausses informations ». Le chef de file du parti libéral Iabloko, seule formation enregistrée à s’être opposée à l’invasion de l’Ukraine, écope de onze ans et un mois de détention.
Lev Chlosberg, 63 ans, vice-président du parti Iabloko, a été condamné lundi par un tribunal de Pskov, dans le nord-ouest de la Russie. Les charges retenues contre lui visent ses publications sur les réseaux sociaux, dans lesquelles il critiquait l’emploi des forces armées russes en Ukraine. Le parquet avait requis douze ans et un mois d’emprisonnement ; la peine prononcée s’établit à onze ans et un mois en colonie pénale.
Depuis le box des accusés, Chlosberg a rejeté l’ensemble des charges. Dans sa plaidoirie finale, dont la transcription a été publiée par le journal Novaïa Gazeta, il a qualifié le procès d’« imitation d’enquête » destinée à « atteindre un objectif manifestement illégal ». Il a réitéré son appel à un cessez-le-feu et à l’ouverture d’un « dialogue politique » entre Moscou et Kiev, avant d’être interrompu à plusieurs reprises par le juge présidant l’audience.
Après le verdict, Chlosberg a déclaré n’avoir été condamné que pour sa « position politique, publique et civique ». Iabloko a annoncé son intention de faire appel.
La sentence est tombée quelques minutes seulement avant que la Cour suprême de Russie rejette le recours du parti contre son exclusion des élections législatives prévues du 18 au 20 septembre. Iabloko avait été radié des listes électorales au début du mois, à la suite d’une plainte du parti nationaliste pro-Kremlin Rodina, qui lui reprochait à la fois un soutien présumé au « mouvement LGBT international » — désigné comme extrémiste par la Cour suprême — et une violation du droit d’auteur. Le parti rejette ces accusations.
Iabloko était la seule formation enregistrée à s’opposer à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine lancée en 2022. Les dix autres partis participant au scrutin soutiennent la guerre. Depuis le début du conflit, toute opposition à Vladimir Poutine, au pouvoir depuis près de vingt-sept ans, a été méthodiquement étouffée par des lois de censure en temps de guerre, qui exposent leurs contrevenants à de lourdes amendes ou à de longues peines d’emprisonnement.
Sur le plan électoral, le parti au pouvoir, Russie unie, affiche selon le sondeur public VCIOM une cote de 32,1 %, son niveau le plus bas depuis mai. Les observateurs indépendants, dont les capacités de surveillance ont été largement réduites, estiment néanmoins que le Kremlin dispose des moyens nécessaires pour orienter le résultat du scrutin à sa convenance.
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