MEXICO — L’assassinat en direct de Valeria Marquez, influenceuse mexicaine de 23 ans, a provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux et dans les médias. Mais très vite, l’indignation s’est muée en suspicion, et les commentaires ont basculé vers une logique de culpabilisation de la victime, reflétant une dynamique tristement familière dans un pays gangrené par les violences sexistes.
Connue pour ses tutoriels beauté suivis par près de 200 000 abonnés, Marquez a été abattue mardi alors qu’elle diffusait en direct depuis un salon de coiffure à Guadalajara, dans l’État de Jalisco. Peu avant le drame, une voix d’homme l’interpellait : « Hé, Vale ? » Elle répondait brièvement, puis le son était coupé. Quelques instants plus tard, des coups de feu éclataient. La diffusion s’interrompait après qu’une silhouette apparue brièvement à l’écran semblait s’emparer du téléphone.
Rapidement, la rumeur a pris le dessus : Marquez aurait été liée à un narcotrafiquant, son ancien compagnon présumé, chef local du cartel Jalisco Nouvelle Génération. Des messages supposés échangés entre eux et relayés par les médias locaux laissaient entendre qu’elle avait été menacée pour avoir ignoré ses appels. Reuters n’a pas pu vérifier l’authenticité de ces échanges, et la famille de la jeune femme a refusé de s’exprimer.
Le parquet de Jalisco a indiqué enquêter sur ce meurtre en tant que possible féminicide, mais sans confirmer l’identité d’un suspect. « Toute personne proche de la victime — amis, famille, connaissances ou partenaires — fait l’objet d’un interrogatoire », a déclaré le procureur Salvador Gonzalez de los Santos.
Ce meurtre s’ajoute à une longue liste de crimes atroces contre des femmes au Mexique, souvent suivis d’un bref cycle médiatique avant de sombrer dans l’oubli. Ingrid Escamilla, Fatima Aldrighett, Debanhi Escobar… autant de noms devenus symboles d’un système judiciaire défaillant, d’une violence persistante et d’une société de plus en plus insensible. En 2023, 852 féminicides ont été officiellement recensés dans le pays — un chiffre probablement sous-estimé, selon les ONG.
Le cas de Marquez illustre également un phénomène de revictimisation largement dénoncé. « Ce type de réaction — elle l’a bien cherché, elle fréquentait un homme dangereux — permet à la société de détourner le regard », explique Gema Kloppe-Santamaria, sociologue à l’University College Cork. « On se convainc que cela n’arrive qu’aux “mauvaises filles”, et non à des femmes respectables. »
La présidente Claudia Sheinbaum, première femme élue à la tête du Mexique, a appelé jeudi à ne pas diffuser la vidéo de l’assassinat et a promis une enquête rigoureuse. Mais pour beaucoup, ces mots restent insuffisants face à un système judiciaire décrié pour son incompétence et son manque de perspective de genre. « Les procureurs bâclent leur travail, la police est mal formée, et les expertes manquent de ressources », résume Anayeli Perez, juriste de l’Observatoire national citoyen sur le féminicide.
Valeria Marquez a été enterrée jeudi, son cercueil recouvert de roses blanches. Mais sa mort, à l’image de tant d’autres, risque de s’ajouter à une litanie de violences contre les femmes, dénoncées avec émotion, puis reléguées dans l’oubli.