Ils sont sortis de la mosquée à 14 h 30 tapantes, corbillard de tête et banderoles levées : « Justice pour Aboubakar ». Dans les rues pentues de La Grand-Combe, bourg de 5 000 habitants assoupi entre Gardon et garrigue, la procession a gonflé comme un torrent — jusqu’à étouffer la place de la mairie. Hommes, femmes, poussettes, brassards blancs : près de 2 000 personnes, soit la moitié de la ville, ont scandé le prénom du jeune Malien de 22 ans massacré vendredi pendant la prière du soir. Minute de silence, poings levés, puis le cortège s’est dispersé dans un parfum de roses et de colère.
Une marche blanche pour briser le silence
La scène tranche avec l’atrocité du crime : cinquante coups de couteau portés par un inconnu filmant sa victime à bout portant, avant de fondre dans la nuit cévenole. Les images de vidéosurveillance, déjà entre les mains des enquêteurs, retracent ces onze minutes de barbarie que les fidèles peinent encore à nommer. Imam en tête, le conseil de la mosquée appelle au « calme dans la dignité » ; les associations, elles, évoquent un « acte islamophobe prémédité ». À Montpellier, la députée Nathalie Oziol a dénoncé « la banalisation qui tue ». À Paris, un rassemblement place de la République s’est tenu.
Un meurtrier toujours introuvable
Pendant que les bougies se consument, la traque d’Olivier H., 32 ans, nationalité française, se resserre. Ni casier, ni emploi, mais une vidéo tournée au smartphone où l’on voit Aboubakar agoniser au sol : indice glaçant d’une mise en scène assumée. Les gendarmes fouillent les forêts alentours, contrôlent les gares, scrutent les réseaux. « On ne laisse pas un assassin filmer son trophée et disparaître », martèle le parquet. En attendant l’arrestation, la commune suspend son souffle ; la France, elle, compte ses marches blanches et se demande combien de cortèges il faudra encore pour que la prière redevienne un refuge plutôt qu’une cible.