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Blocus israélien : les humanitaires alertent sur une famine imminente à Gaza

Blocus israélien : les humanitaires alertent sur une famine imminente à Gaza
Blocus israélien : les humanitaires alertent sur une famine imminente à Gaza

À Gaza, les humanitaires disent vivre l’un des pires désastres qu’ils aient jamais connus. Près de trois mois après le début du blocus israélien, les travailleurs de terrain, submergés par la détresse des civils, dénoncent une crise alimentaire « entièrement fabriquée » et un usage de la faim comme arme de guerre. Plusieurs témoignages recueillis par l’Associated Press font état d’une situation proche de la famine, avec des enfants trop faibles pour pleurer et des mères allaitantes s’effondrant d’inanition.

Rana Soboh, nutritionniste pour l’ONG MedGlobal, décrit des scènes d’une violence insoutenable. Un nourrisson de 1 an, pesant à peine 5 kg, incapable de pleurer. Une mère squelettique, elle-même mal nourrie, implorant de la nourriture. « J’ai fondu en larmes », confie Soboh. Comme beaucoup d’humanitaires dans la bande de Gaza, elle se dit impuissante. « Vouloir aider mais ne pas pouvoir, c’est le pire sentiment au monde. »

Depuis la reprise des hostilités en mars, Israël a coupé l’approvisionnement en nourriture, carburant, médicaments et autres biens essentiels dans la bande de Gaza. Israël justifie ce blocus par la volonté de faire pression sur le Hamas pour libérer les otages. Mais selon les ONG et les experts du droit international, ces mesures constituent un recours à la famine comme méthode de guerre, en violation des conventions internationales. Dimanche, Israël a annoncé qu’il permettrait l’entrée d’une quantité « basique » de nourriture, sans en préciser les modalités.

Selon la plus haute autorité mondiale sur les crises alimentaires, une famine pourrait survenir dans les prochaines semaines sans un changement rapide. Près de 2,3 millions de personnes souffrent de malnutrition aiguë, et 20 % de la population est au bord de la famine. Les cuisines communautaires ferment les unes après les autres : 60 % ont cessé leur activité faute de provisions. Les quelques-unes qui subsistent ne peuvent offrir que 260 000 repas par jour, bien en deçà des besoins.

Dans les hôpitaux, les médecins doivent ventiler manuellement des patients pendant 72 heures, faute d’électricité ou d’oxygène. À l’hôpital Nasser, un chirurgien raconte devoir improviser des traitements avec du matériel médical périmé pour soigner les traumatismes crâniens. Certains enfants, équipés de dispositifs auditifs défectueux, ne pourront jamais apprendre à parler. « Ils mourront ou vivront avec des handicaps qu’on aurait pu éviter », regrette-t-il.

Pendant ce temps, près de 170 000 tonnes d’aide humanitaire restent bloquées à quelques kilomètres, dans des camions stationnés côté israélien. Israël et les États-Unis proposent un nouveau système de distribution, basé sur des hubs sécurisés par des contractuels armés, censé éviter les détournements par le Hamas. Mais les Nations unies et la plupart des ONG refusent de s’y associer, dénonçant une instrumentalisation de l’aide pour forcer les déplacements de population.

« Ce n’est pas une crise naturelle », tranche Mahmoud al-Saqqa, coordinateur d’Oxfam. « C’est un siège organisé. Et c’est une honte pour notre humanité. »

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