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La Hongrie crée une autorité pour récupérer les milliards détournés sous Orban

La Hongrie crée une autorité pour récupérer les milliards détournés sous Orban
La Hongrie crée une autorité pour récupérer les milliards détournés sous Orban

Le nouveau gouvernement hongrois de Peter Magyar a lancé une vaste opération de récupération d’actifs publics détournés sous l’ère Orban. Une autorité dotée de pouvoirs étendus a été créée, mais les premières déclarations de sa directrice ont suscité une vive polémique.

Fin juillet, le gouvernement Magyar a institué l’Autorité nationale de récupération des actifs, connue sous l’acronyme hongrois NVVH. Cette structure inédite dans l’histoire moderne du pays dispose à la fois de pouvoirs policiers et de pouvoirs de poursuite judiciaire : elle peut mener des enquêtes et engager des poursuites. Elle rend compte au parlement hongrois.

Peter Magyar, qui a remporté les élections en promettant de récupérer les fonds publics détournés, évoque une somme d’environ 60 milliards d’euros, soit quelque 70 milliards de dollars. D’autres estimations portent ce chiffre à trois fois ce montant. Les investigations porteront principalement sur la période couvrant les années de pouvoir de Viktor Orban, c’est-à-dire à partir de 2010.

Sous l’ancien premier ministre, la famille Orban, ses alliés politiques et des oligarques proches du pouvoir ont mené grand train : domaines de luxe, jets privés, yachts, et contrats publics se chiffrant en milliards. Des entrepreneurs, artistes, universitaires et journalistes liés au parti ont également bénéficié de financements publics, souvent au seul titre de leur loyauté envers l’ancien chef du gouvernement. Ce tableau contraste avec la pauvreté d’une partie de la population, la dégradation des infrastructures, les conditions difficiles dans les hôpitaux et les écoles, et un déficit budgétaire atteignant 7,5 % du revenu national.

Fin août, le parlement a nommé Anna Unger à la tête de la NVVH. Politologue de 46 ans à l’université Eötvös Loránd de Budapest, spécialiste des systèmes politiques, des institutions démocratiques et du financement des partis, elle a été choisie parmi près de cent candidats à l’issue d’un processus en plusieurs étapes. Sa nomination a surpris : elle n’est pas juriste et n’est pas reconnue comme experte en matière de lutte anticorruption. Beaucoup attendaient un profil comme celui de Miklos Ligeti, responsable des affaires juridiques de Transparency International Hongrie depuis 2012, qui avait lui aussi candidaté et serait envisagé pour un poste de directeur adjoint.

Lors de son audition parlementaire, Unger a défendu une lecture large du phénomène : sous Orban, a-t-elle soutenu, c’est un système quasi féodal qui s’est imposé, au-delà de la corruption classique. La restitution des actifs ne suffit pas ; le système doit être entièrement mis à nu pour ne plus jamais se reproduire.

Mais c’est une autre déclaration qui a provoqué le plus de remous. Unger a estimé qu’il serait illusoire d’espérer des verdicts définitifs dans les grandes affaires de corruption au cours du premier mandat de six ans de la NVVH. Le commentateur Robert Puzser a qualifié cette annonce de « dévastatrice » sur Facebook, avertissant qu’une attente de plus de six ans risquait de provoquer l’effondrement du gouvernement Magyar. Le premier ministre lui-même a réagi avec irritation aux critiques visant le profil de la directrice, affirmant sur Facebook que personne n’avait promis aux électeurs de voter pour le chef de la NVVH « comme dans un casting de télé-réalité ».

Le politologue Gabor Torok, interrogé dans un podcast, estime que la NVVH s’annonce comme une « institution politique forte » destinée à régler les comptes avec le passé récent. Le nouveau gouvernement ne pourra maintenir la confiance des Hongrois, juge-t-il, qu’à condition que les responsables de l’ancien système ne semblent pas s’en tirer sans conséquences.

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