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Guerre contre l’Iran : Washington nie l’épuisement de ses stocks de munitions

Guerre contre l’Iran : Washington nie l’épuisement de ses stocks de munitions
Guerre contre l’Iran : Washington nie l’épuisement de ses stocks de munitions

La Maison-Blanche et le Pentagone ont rejeté mardi les rapports faisant état d’un niveau dangereusement bas des stocks de missiles américains, après cinq mois de guerre contre l’Iran. Des experts et plusieurs médias américains brossent pourtant un tableau bien plus préoccupant.

Donald Trump a pris la plume pour contester les informations alarmantes circulant sur l’état des arsenaux américains. « Nous avons bien plus de munitions que n’importe qui dans le monde, et bien plus qu’il n’en faut », a-t-il affirmé dans un communiqué, imputant les tensions d’approvisionnement aux transferts massifs de missiles Patriot vers l’Ukraine décidés par son prédécesseur Joe Biden. Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a abondé dans le même sens : « L’armée américaine est la plus puissante du monde et dispose de tout ce dont elle a besoin pour agir au moment et à l’endroit choisis par le président. »

Ces démentis font suite à plusieurs publications parues lundi. CNN a rapporté que l’armée avait consommé 80 % de ses intercepteurs THAAD et environ la moitié de ses intercepteurs Patriot depuis le début du conflit, des niveaux qualifiés de « dangereusement bas » par des sources proches du dossier. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a réagi vivement sur X, qualifiant le chiffre de « faux » et fustigeant le média. Reuters et CBS News ont par ailleurs indiqué que la quasi-totalité des missiles ATACMS et PrSM, des armes offensives à longue portée coûtant environ un million de dollars l’unité, avaient été tirés.

Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington, avait calculé dès le 27 juillet qu’il restait à l’armée un peu plus d’un tiers de ses intercepteurs Patriot et environ la moitié de ses THAAD. L’institution estime qu’il faudra au moins trois ans pour reconstituer les stocks d’avant-guerre, même avec les financements récemment débloqués.

Mark Cancian, colonel de Marines à la retraite et conseiller senior au CSIS, distingue deux types de pénuries aux conséquences différentes. Le manque de missiles offensifs ATACMS et PrSM contraint l’armée à frapper à plus courte portée, exposant davantage les forces. « Il faudrait alors recourir aux JASSM, aux Tomahawk ou faire voler des avions au-dessus du territoire ennemi, c’est plus dangereux », explique-t-il. Mais c’est du côté de la défense aérienne que la situation lui paraît « bien plus grave » : « Si nous manquons de Patriot, les missiles passent. »

Cette crainte a été illustrée le 17 juillet par une attaque sur la base aérienne de Muwaffaq Salti, en Jordanie, où trois soldats américains ont été tués après que des missiles iraniens ont réussi à franchir les systèmes de défense américains et jordaniens. Cancian juge peu probable que l’Iran puisse épuiser rapidement les stocks restants, mais souligne une autre conséquence : « Chaque missile utilisé est un missile de moins pour dissuader la Chine, et le commandement interarmées est aujourd’hui très nerveux à ce sujet. »

Aucun responsable de l’administration Trump n’a publiquement reconnu de menace liée aux pénuries, alors même que le budget de la défense pour l’exercice 2027 prévoit 95 milliards de dollars et qu’une demande de crédits supplémentaires de 21 milliards a été déposée pour reconstituer les stocks. Le New York Times a rapporté fin juillet que le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, avait soulevé ces préoccupations à plusieurs reprises en privé, et que l’état des stocks aurait pesé dans la décision de Trump de ne pas escalader davantage le conflit en juillet.

Les alliés des États-Unis commencent eux aussi à ressentir les effets de ces tensions. En mai, Washington avait annoncé 25 milliards de dollars de ventes supplémentaires d’intercepteurs Patriot au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Qatar. Des retards ont déjà été signalés dans les livraisons d’armes offensives aux alliés européens et asiatiques. Cancian anticipe que les livraisons d’intercepteurs vers le Moyen-Orient seront elles aussi ralenties : « Les États-Unis chercheront à conserver davantage d’intercepteurs pour reconstituer leurs propres stocks. »

L’Ukraine, de son côté, subit déjà les conséquences de cette raréfaction. Le président Volodymyr Zelensky a averti mercredi que les alliés n’avaient livré à Kiev qu’un tiers des intercepteurs fournis sur la même période l’année précédente. Sa demande d’autorisation de produire des Patriot sur le sol ukrainien, accordée jusqu’ici seulement au Japon et à l’Allemagne, reste sans réponse américaine. Pour Cancian, la conclusion s’impose : « L’argent ne sera pas le problème. Le problème, c’est le temps. »

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