CULTURE Arts

Un Modigliani spolié par les nazis doit être restitué à un agriculteur français après 17 ans de bataille judiciaire

Un Modigliani spolié par les nazis doit être restitué à un agriculteur français après 17 ans de bataille judiciaire
Un Modigliani spolié par les nazis doit être restitué à un agriculteur français après 17 ans de bataille judiciaire

C’est l’épilogue d’une odyssée judiciaire qui aura duré dix-sept ans. Le 3 avril 2026, la Cour suprême de l’État de New York a ordonné la restitution du tableau Homme assis (appuyé sur une canne), peint en 1918 par Amedeo Modigliani, à Philippe Maestracci, agriculteur de 80 ans installé en Dordogne. L’œuvre, estimée entre 21,5 et 25 millions d’euros selon les sources, représente l’industriel chocolatier Georges Menier. Elle avait appartenu à Oscar Stettiner, galeriste juif britannique et grand-père de Philippe Maestracci, dont la galerie parisienne fut saisie et mise aux enchères par les Allemands en juillet 1944. Stettiner, réfugié en Dordogne pour échapper à la déportation, obtint en 1946 un jugement favorable devant le tribunal du département de la Seine — mais ne revit jamais son tableau. Il mourut en 1948 sans l’avoir récupéré.

Une société écran panaméenne et les révélations des Panama Papers

La toile changea plusieurs fois de mains avant d’être acquise en 1996, lors d’une vente chez Christie’s à Londres, par International Art Center (IAC) SA, une société holding domiciliée au Panama. Devant les tribunaux américains, les Nahmad — l’une des dynasties de marchands d’art les plus fortunées au monde, dont la collection totale dépasserait les trois milliards d’euros — contestaient tout lien avec cette structure et donc avec le tableau. La clé de l’affaire fut fournie par les Panama Papers. En avril 2016, l’enquête du Consortium international des journalistes d’investigation, menée avec 109 médias dont Le Monde, révéla que l’IAC n’avait eu, depuis sa création en 1995, qu’un seul actionnariat réel : la famille Nahmad. Les documents montraient que Giuseppe Nahmad avait monté la structure via la banque suisse UBS et Mossack Fonseca, avant que son frère David n’en devienne l’unique actionnaire en 2014. Ces révélations conduisirent à une perquisition du port franc de Genève, où le tableau fut saisi.

Un jugement historique, un appel encore possible

Le juge Joel M. Cohen a estimé que l’œuvre avait bien été spoliée il y a près de 82 ans dans le cadre des persécutions nazies, et que son détenteur actuel ne pouvait l’ignorer. La procédure avait été soutenue aux États-Unis par l’avocat Phillip Landrigan et le Canadien James Palmer, patron de Mondex, société spécialisée dans la récupération d’œuvres spoliées. David Nahmad dispose désormais de 30 jours pour décider s’il forme un appel ou se résout à restituer le tableau.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Communauté

Commentaires

Écrire un commentaire

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une