Un tribunal de Luanda a reconnu coupables deux ressortissants russes accusés d’ingérence politique et de terrorisme. Le consultant Igor Ratchin a écopé de onze ans de prison, le traducteur Lev Lakshtanov de huit ans.
Le verdict est tombé après 23 heures, heure locale, mardi soir. Igor Ratchin, présenté comme consultant politique, et Lev Lakshtanov, traducteur de métier, ont été jugés coupables sur quatre des onze chefs d’accusation retenus contre eux : association criminelle, espionnage, terrorisme et détention illégale de devises. Les deux hommes avaient nié les faits tout au long du procès, ouvert en mars.
Selon l’acte d’accusation consulté par la BBC, les autorités angolaises les soupçonnaient d’avoir participé à une opération d’influence politique liée à Africa Politology, un réseau qu’elles décrivent comme issu de l’ex-groupe mercenaire Wagner. Ce réseau aurait cherché à diffuser des narratifs anti-occidentaux, à tisser des contacts politiques et à peser sur le scrutin présidentiel angolais prévu l’an prochain.
Les accusés ont toujours rejeté tout lien avec Wagner ou avec l’État russe. Ratchin affirmait être venu en Angola pour y créer un centre culturel russe, et présentait les paiements versés à diverses personnes comme de simples rémunérations pour services rendus. Lakshtanov, de son côté, a rappelé au tribunal qu’il vivait et travaillait en Angola depuis près de quarante ans, estimant que sa longue carrière académique était incompatible avec une appartenance à une organisation terroriste.
Le parquet a soutenu que les deux hommes avaient joué un rôle dans l’organisation de troubles meurtriers survenus en Angola en 2025, et qu’ils avaient versé plus de 24 000 dollars à des journalistes et experts locaux pour diffuser des contenus pro-russes et anti-gouvernementaux destinés à provoquer un changement de régime. De nombreux militants angolais contestent vigoureusement cette thèse, estimant que les manifestations ont eu lieu de façon spontanée.
Deux Angolais comparaissaient également dans ce dossier. Le journaliste sportif Amor Carlos Tomé a été condamné à deux ans de prison avec sursis, tandis que l’activiste politique Francisco Oliveira a été acquitté. Le parquet a fait appel immédiatement après le prononcé du jugement ; Tomé devrait rester en détention dans l’attente de l’issue de cette procédure.
Les avocats des Russes avaient auparavant demandé leur extradition vers la Russie en vertu d’accords bilatéraux de coopération. Il n’a pas été possible d’établir si le tribunal a fait droit à cette requête. L’avocat Elizeu Nguiniti a indiqué au tribunal qu’il désapprouvait le verdict, tout en précisant qu’il en acceptait la décision. L’ambassade de Russie en Angola n’avait pas répondu aux sollicitations au moment de la publication.
Le procès avait été marqué dès ses premières audiences par une controverse de procédure : la procureure avait refusé de lire l’acte d’accusation à voix haute en audience publique, arguant que les prévenus en connaissaient déjà la teneur. La défense avait contesté cette position, faisant valoir le droit du public et des journalistes présents à entendre les accusations. L’acte d’accusation lui-même avait par ailleurs été critiqué pour ses imprécisions, plusieurs fautes d’orthographe et erreurs factuelles y ayant été relevées.
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