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Népal : comment le dérèglement climatique a précipité la catastrophe himalayenne

Népal : comment le dérèglement climatique a précipité la catastrophe himalayenne
Népal : comment le dérèglement climatique a précipité la catastrophe himalayenne

Près de 1 400 morts et plus de 5 000 disparus après l’effondrement d’un versant du Langtang Lirung le 26 août dernier. Des chercheurs ont établi que le changement climatique a joué un rôle déterminant dans cette catastrophe, en fragilisant la montagne sur plusieurs décennies.

Ce n’est pas un séisme qui a déclenché la catastrophe, contrairement à ce que les premières analyses laissaient supposer. Des glaciologues et climatologues réunis au sein du réseau scientifique World Weather Attribution ont reconstitué la séquence d’événements qui a conduit à l’effondrement meurtrier du versant nord du Langtang Lirung, dans les Himalayas népalaises. Leur conclusion est sans ambiguïté : le dérèglement climatique a préparé le terrain, à plusieurs reprises et sur plusieurs décennies, avant que la pente ne cède.

« Il ne s’agissait pas d’un événement déclencheur unique », a expliqué Walter Immerzeel, hydrologue de montagne à l’université d’Utrecht. « La rupture s’est produite à environ 5 150 mètres d’altitude et résulte de plusieurs processus agissant conjointement sur des échelles de temps allant de quelques années à plusieurs décennies. »

Le désastre a débuté par une avalanche rocheuse de grande ampleur sur le versant nord du Langtang Lirung, entraînant simultanément l’effondrement d’une portion du glacier. Environ 110 millions de mètres cubes de roche et de glace, soit l’équivalent de 44 000 piscines olympiques, ont dévalé la pente sur près de 1 400 mètres de dénivelé. L’impact au sol a libéré une énergie comparable à un séisme de magnitude 5,2 et a arraché des masses de glace enfouies dans la vallée, ajoutant jusqu’à 30 millions de mètres cubes supplémentaires au flux de débris.

En moins de sept minutes, le torrent a atteint la frontière entre le Népal et la Chine, à Rasuwagadhi, soit 20 kilomètres en aval, à une vitesse moyenne de 170 kilomètres par heure. La coulée a ensuite parcouru 200 kilomètres en moins de sept heures, emportant tout sur son passage.

Pour comprendre pourquoi la pente a cédé, les chercheurs ont remonté le fil des transformations subies par ce secteur des Himalayas sous l’effet du réchauffement. Entre 1964 et 2000, le front du glacier avait reculé de 75 mètres à proximité du site de rupture. Entre 2010 et 2026, ce recul s’est brutalement accéléré, atteignant 373 mètres supplémentaires, privant la paroi rocheuse du soutien que lui apportait la glace. Le pergélisol, ce sol en permanence gelé à l’intérieur de la roche, a lui aussi commencé à dégeler dans la bande d’altitude comprise entre 4 500 et 5 500 mètres, la plus sensible au réchauffement, fragilisant progressivement les parois.

Dans les jours précédant l’effondrement, les conditions météorologiques étaient extrêmes. Juillet et août ont été les mois les plus chauds jamais enregistrés dans la région, avec une anomalie thermique d’environ 1,5 degré Celsius imputable au changement climatique. Les 24 et 25 août, les températures dépassaient de 2,5 à 2,7 degrés la moyenne décennale. La veille de la catastrophe, le maximum journalier atteignait environ 7 degrés au-dessus de la référence habituelle. Un enneigement inhabituellement abondant en octobre 2025 aurait également contribué au phénomène en générant des volumes importants d’eau de fonte. Les scientifiques évoquent aussi le séisme de magnitude 7,8 survenu en 2015, qui avait provoqué une première avalanche sur le Langtang Lirung et aurait fragilisé la masse rocheuse dans les années suivantes.

La catastrophe a également mis en lumière les limites des dispositifs d’alerte existants. Les systèmes d’alerte précoce du Népal sont conçus pour des crues liées aux précipitations, prévisibles et progressives, non pour des événements en cascade aussi rapides. Le premier message d’alerte par SMS a été envoyé environ 38 minutes après l’effondrement initial, alors que le torrent avait déjà atteint la frontière en sept minutes, détruisant au passage plusieurs stations de mesure.

« Quand le réchauffement déstabilise le toit du monde, aucune adaptation locale ne peut pleinement protéger les populations vulnérables en aval face à une destruction de cette ampleur », a déclaré Friederike Otto, professeure de climatologie à l’Imperial College de Londres. Elle a appelé à une transition beaucoup plus rapide vers une économie sans combustibles fossiles, avertissant que des catastrophes de cette nature seront inévitablement plus fréquentes si les émissions ne sont pas drastiquement réduites.

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