Un glacier effondré dans l’Himalaya a déclenché des crues soudaines meurtrières à la frontière entre le Népal et la Chine. Le bilan provisoire fait état d’au moins 165 morts et de quelque 1 400 personnes portées disparues des deux côtés de la frontière.
Les autorités népalaises sont sans nouvelles de 823 personnes au lendemain des inondations qui ont ravagé la région frontalière entre le Népal et la Chine. Parmi ces disparus figurent 579 touristes, dont 393 étrangers. Côté chinois, les autorités font état de 558 personnes portées disparues au Tibet, dont environ 260 ressortissants étrangers. Au total, les médias d’État chinois évoquent la possibilité que près de 1 000 personnes restent introuvables sur l’ensemble de la zone sinistrée.
Le bilan humain s’établit à au moins 162 morts au Népal et trois au Tibet. L’agence officielle Xinhua a confirmé que des coulées de boue provoquées par l’effondrement d’un glacier avaient frappé le Tibet, tandis que la chaîne publique CCTV précise que deux villageois ont pu être secourus.
L’origine de la catastrophe a été établie par l’Institut géologique américain (USGS), qui avait d’abord signalé un séisme de magnitude 4,4 à une soixantaine de kilomètres au nord de Katmandou. L’organisme a finalement révisé son analyse : l’événement enregistré correspondait à l’effondrement d’un glacier, réévalué à une magnitude de 5,2, qui a projeté d’importants débris en aval. Cette conclusion repose sur des données de stations sismiques, l’analyse d’ondes de longue période et des images satellites. Aucun séisme n’a eu lieu.
Des experts du Centre international pour le développement intégré de la montagne, basé à Katmandou, confirment qu’une avalanche glaciaire est « probablement » à l’origine de la crue soudaine. À un point de mesure sur la rivière Trishuli, le niveau de l’eau a bondi de neuf mètres en une demi-heure. Saswata Sanyal, spécialiste de la réduction des risques de catastrophe, précise que la Lhende Khola, rivière affluente de la Bhotekoshi, a été la plus touchée : « La crue aurait été provoquée par une avalanche de glace et de rochers provenant d’un glacier situé du côté népalais, qui a bloqué le cours d’eau avant de libérer brutalement une importante vague en aval. » C’est le deuxième débordement de cette rivière en quatorze mois.
Au bazar de Dhunge, un témoin, Shoyam Rajbhandari, a décrit la violence de l’événement : « Quand je suis arrivé, en une demi-heure la crue est arrivée et a ravagé tout le marché. Les gens se préparaient à partir au travail. Combien de personnes sont portées disparues ou sont mortes, nous n’en savons rien. » Des images de drones montrent des routes détruites, des bâtiments ensevelis sous la boue et des véhicules recouverts de débris dans le district de Nuwakot.
Parmi les disparus étrangers, 133 ressortissants indiens effectuaient un pèlerinage au mont Kailash, au Tibet, site sacré pour les hindous. Le porte-parole de l’office du tourisme népalais, Sunil Sharma, a également recensé 47 Américains, 34 Australiens, 33 Britanniques et 24 Canadiens portés disparus. Le département d’État américain a indiqué avoir été informé que des citoyens américains étaient touchés.
La ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a déclaré jeudi à Adélaïde qu’au moins 34 Australiens en pèlerinage ou en randonnée étaient sans nouvelles. Elle a précisé que son gouvernement coordonnait une réponse humanitaire avec le Népal, les Nations unies, la Croix-Rouge et d’autres organisations, le gouvernement népalais n’ayant pas encore formulé de demande d’aide officielle.
Le ministère malaisien des Affaires étrangères signale de son côté que 55 ressortissants présents à Katmandou sont injoignables en raison de graves perturbations des infrastructures, sans confirmation officielle de leur présence parmi les disparus. En France, le Quai d’Orsay indique qu’au moins 80 ressortissants ont signalé leur présence au Népal via le service Fil d’Ariane, sans qu’il soit possible de déterminer s’ils se trouvaient dans la zone sinistrée.
Cette catastrophe s’inscrit dans une série d’événements liés à l’instabilité croissante du système glaciaire himalayen. En août de l’année précédente, le débordement d’un lac glaciaire au Tibet avait déjà fait neuf morts et endommagé un pont reliant le Népal et la Chine. Les vallées escarpées de la région, artères économiques et couloirs de circulation, se révèlent particulièrement exposées à ces phénomènes dont la fréquence inquiète les spécialistes du climat.
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