Les associations de journalistes sportifs de France, d’Espagne, d’Angleterre et d’Argentine ont uni leurs voix pour demander la libération de Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis plus d’un an. Leur appel commun a été rendu public au moment où les sélections de ces quatre pays s’apprêtent à disputer les demi-finales de la Coupe du monde. Le journaliste français aurait dû couvrir la compétition pour So Foot et Society. Son accréditation a bien été délivrée par la FIFA, mais la place qui lui était réservée dans les tribunes de presse est restée inoccupée.
Quatre associations nationales réunies derrière le journaliste français
L’Union des journalistes de sport en France, l’Asociación Española de la Prensa Deportiva, la Federación Argentina de Periodistas Deportivos et la Sports Journalists’ Association of Great Britain ont signé une déclaration commune. L’Association internationale de la presse sportive a également apporté son soutien à cette mobilisation. Ces organisations représentent les journalistes sportifs des quatre nations encore en course dans le Mondial. La France et l’Espagne s’affrontent ce mardi 14 juillet à Dallas, tandis que l’Angleterre et l’Argentine doivent se retrouver mercredi pour la seconde demi-finale. Les signataires rappellent que Christophe Gleizes aurait dû travailler aux côtés de ses confrères pendant la compétition, suivre les rencontres, interroger les joueurs et raconter le tournoi. Ils résument son absence par une formule devenue le symbole de la campagne menée depuis le début du Mondial : « Son siège en tribune de presse reste vide. »
« Informer n’est pas un crime »
Les quatre associations refusent qu’un journaliste puisse être emprisonné pour des démarches réalisées dans le cadre de son travail. Elles demandent aux autorités algériennes de permettre à Christophe Gleizes de retrouver sa famille, ses confrères et les terrains de football. La déclaration insiste également sur la contradiction entre les valeurs de rassemblement revendiquées par le football et la détention d’un reporter spécialisé dans cette discipline. Reporters sans frontières résume la position des organisations mobilisées par ces mots : « Informer n’est pas un crime. » Cette prise de position commune donne une dimension internationale supplémentaire à l’affaire. Les journalistes français ne sont désormais plus seuls à porter publiquement la demande de libération. Les représentants de la presse sportive espagnole, argentine et britannique associent directement leur nom à cet appel pendant la dernière semaine de la Coupe du monde.
Arrêté pendant un reportage sur la JS Kabylie
Christophe Gleizes, âgé de 37 ans, est un journaliste indépendant spécialisé dans le football africain. Collaborateur régulier de So Foot et de Society, il s’est rendu en Algérie en mai 2024 afin de travailler sur la Jeunesse sportive de Kabylie, le club de Tizi Ouzou, et sur plusieurs sujets liés à son histoire. Il a été arrêté le 28 mai 2024 puis placé sous contrôle judiciaire. La justice algérienne lui a notamment reproché des contacts professionnels avec un responsable lié au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, le MAK, classé comme organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021. Une partie des échanges retenus contre lui remontait pourtant à 2015 et 2017, avant ce classement. Le contact établi en 2024 concernait, selon ses défenseurs, la préparation de son reportage sur le club kabyle. Christophe Gleizes n’a jamais revendiqué d’engagement politique auprès du MAK et a toujours présenté ces démarches comme strictement journalistiques.
Sept ans de prison confirmés en appel
Le 29 juin 2025, après treize mois de contrôle judiciaire, Christophe Gleizes a été condamné par le tribunal de Tizi Ouzou à sept années de prison ferme avec mandat de dépôt. Les infractions retenues sont l’« apologie du terrorisme » et la « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ». Il a immédiatement été incarcéré. La cour d’appel de Tizi Ouzou a confirmé la peine de sept ans de prison le 3 décembre 2025, malgré les demandes de remise en liberté formulées par sa défense, sa famille et de nombreuses organisations professionnelles.
Christophe Gleizes a ensuite renoncé à son pourvoi en cassation. Un recours formé par le parquet algérien a également été rejeté, ce qui a mis fin à la procédure judiciaire. Cette clôture permet désormais, sur le plan juridique, l’examen d’une éventuelle grâce accordée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Aucune mesure de ce type n’a toutefois permis sa libération à ce jour.
Une accréditation de la FIFA et une chaise vide dans les stades
Avant le début du Mondial, la FIFA a délivré une accréditation officielle au nom de Christophe Gleizes. Une chaise portant son nom a été installée dans l’espace réservé aux journalistes afin de matérialiser son absence pendant la compétition organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Gianni Infantino a publiquement demandé sa libération à la veille du tournoi. Le président de la FIFA a également rappelé que Christophe Gleizes était alors le seul journaliste détenu dans le monde en raison de son activité de journaliste sportif. Ses parents, Sylvie et Francis Godard, ont été invités à assister au premier match de l’équipe de France face au Sénégal.
Didier Deschamps avait répondu à une question transmise depuis la prison
Le 15 juin, à la veille de l’entrée des Bleus dans la compétition, Christophe Gleizes avait symboliquement participé à la conférence de presse de l’équipe de France. Une question préparée depuis sa détention, portant sur les pauses fraîcheur instaurées pendant le Mondial, avait été lue par Vincent Duluc, président de l’Union des journalistes de sport en France. Didier Deschamps avait répondu à la question avant d’adresser quelques mots au journaliste et à sa famille. Le sélectionneur français avait expliqué espérer que Christophe Gleizes puisse rapidement retrouver sa liberté et poser lui-même ses questions lors des prochaines conférences de presse.
Plus d’un an de mobilisation en France et à l’étranger
Depuis son incarcération, plusieurs campagnes ont été organisées pour maintenir son nom dans l’espace public. Une pétition a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Des clubs de Ligue 1, des écoles de journalisme, des collectivités, des personnalités du sport, des artistes et des journalistes ont demandé sa remise en liberté. La Fédération française de football a installé un portrait géant du reporter sur la façade de son siège. Sa famille a donné le coup d’envoi de rencontres de Ligue 1 et de la finale de la Coupe de France. Une soirée de soutien organisée au Bataclan en janvier 2026 a réuni plus de 1 000 personnes.
À l’heure où les quatre meilleures équipes du Mondial se disputent une place en finale, les associations de journalistes sportifs ont décidé de placer l’absence de Christophe Gleizes au centre de leur message. La Coupe du monde se terminera dimanche, mais le journaliste français restera détenu en Algérie tant qu’une décision judiciaire ou présidentielle ne permettra pas sa libération.