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«Tout le monde le savait, la ville aussi»: New York a dissimulé des informations sur la toxicité de l’air après le 11 septembre

«Tout le monde le savait, la ville aussi»: New York a dissimulé des informations sur la toxicité de l’air après le 11 Septembre
«Tout le monde le savait, la ville aussi»: New York a dissimulé des informations sur la toxicité de l’air après le 11 Septembre

25 ans après les attentats du World Trade Center, la ville de New York a rendu publics plus de 170 000 pages de documents concernant la qualité de l’air, les risques sanitaires et les décisions prises après le 11 septembre 2001. Ces archives montrent que les autorités municipales avaient connaissance de risques liés à l’air toxique autour de Ground Zero alors que les New-Yorkais étaient publiquement rassurés sur les conditions dans lesquelles ils pouvaient revenir vivre et travailler dans le sud de Manhattan.

La publication a été annoncée mardi par le maire de New York, Zohran Mamdani, à quelques jours du 25e anniversaire des attaques. Les attentats du 11 Septembre avaient fait 2 977 morts aux États-Unis. Cette journée qui a bouleversé le monde avait vu deux avions détournés percuter les tours du World Trade Center avant leur effondrement.

De l’amiante retrouvé presque partout où des analyses ont été effectuées

Les documents désormais accessibles concernent notamment les analyses environnementales réalisées après l’effondrement des tours. La mairie reconnaît que les dossiers montrent que de l’amiante avait été découvert sur la quasi-totalité des sites inspectés autour de Ground Zero. Les poussières produites par les effondrements contenaient également de nombreuses substances dangereuses auxquelles habitants, salariés, policiers, pompiers, ouvriers et secouristes ont pu être exposés.

Pendant des semaines et des mois, une partie de la population est pourtant revenue dans Lower Manhattan. Des logements, bureaux et écoles ont rouvert alors que les inquiétudes concernant les poussières contaminées persistaient. Les nouvelles archives montrent que ces risques étaient discutés au sein même de l’administration municipale.

Dès octobre 2001, la mairie réfléchissait déjà aux poursuites judiciaires

Parmi les pièces les plus sensibles figure le « Harding Memo », adressé en octobre 2001 à Robert Harding, alors adjoint au maire chargé des finances et du développement économique sous Rudy Giuliani.

Son objet concernait directement les moyens de limiter la responsabilité juridique de la ville après le 11 Septembre. Le document envisageait notamment des plaintes de personnes exposées à des substances toxiques ou de secouristes estimant ne pas avoir reçu un équipement de protection adapté. Il évoquait aussi le risque de poursuites de personnes autorisées à revenir trop rapidement dans Lower Manhattan.

Autrement dit, quelques semaines seulement après les attentats, la possibilité de graves conséquences sanitaires et de milliers de réclamations judiciaires était déjà étudiée en interne.

Un autre mémo redoutait « un déluge de poursuites »

Les inquiétudes ont continué sous l’administration de Michael Bloomberg, qui a succédé à Rudy Giuliani en janvier 2002.

Un document interne de 2002 évoque les alertes lancées par le représentant démocrate Jerry Nadler sur les conditions sanitaires dans Lower Manhattan. Un conseiller de Bloomberg reconnaissait que, si ces inquiétudes étaient justifiées et que la population n’était pas correctement informée des risques, la ville pouvait être confrontée à un grave problème d’image mais aussi à « un déluge de poursuites ».

Un autre document adressé à l’agence fédérale FEMA signalait que les prélèvements effectués dans les débris montraient la présence possible d’amiante et reconnaissait que l’exposition prolongée à des niveaux élevés d’amiante dans l’air pouvait provoquer des problèmes de santé.

68 cartons de documents retrouvés seulement en 2025

Une partie de ces archives avait tout simplement disparu des radars administratifs pendant plus de vingt ans. Soixante-huit cartons de documents du département new-yorkais de la Protection de l’environnement sont restés stockés dans les locaux de la ville avant d’être retrouvés en 2025.

Cette découverte était d’autant plus embarrassante que des demandes répétées avaient été formulées pour obtenir les documents relatifs à la pollution et aux conséquences sanitaires du 11 Septembre. La municipalité avait auparavant soutenu ne pas disposer de certains des dossiers recherchés.

La publication actuelle découle d’un accord mettant fin à deux procédures judiciaires engagées par l’organisation 9/11 Health Watch pour obtenir l’accès aux archives. Les 170 000 pages mises en ligne ne constituent qu’une première partie : de nouveaux documents doivent être publiés progressivement pendant les douze prochains mois.

Zohran Mamdani : des New-Yorkais « sont tombés malades » après avoir été rassurés

Zohran Mamdani a directement accusé les administrations précédentes d’avoir laissé la population respirer un air dangereux tout en lui donnant des assurances sur sa sécurité.

« Des gens sont tombés malades parce que les dirigeants auxquels ils faisaient confiance leur ont menti », a déclaré le maire.

Il a affirmé que les documents permettent désormais de comprendre ce que la ville savait sur l’air toxique autour de Ground Zero, à quel moment elle en avait connaissance et les démarches entreprises parallèlement pour limiter sa responsabilité juridique.

Interrogé sur les responsables politiques concernés, Zohran Mamdani n’a cependant pas dressé de liste nominative, expliquant que l’affaire concernait un grand nombre de responsables auxquels les habitants de New York avaient fait confiance.

Jon Stewart : « Tout le monde le savait, et la ville aussi »

Présent lors de l’annonce, Jon Stewart, engagé depuis des années aux côtés des secouristes et victimes du 11 Septembre, a rappelé ce que les habitants de Lower Manhattan constataient eux-mêmes dans les semaines ayant suivi les attaques : la poussière et les substances issues de l’effondrement s’étaient déposées sur les sols, les fenêtres, les vêtements ou encore dans les systèmes de climatisation.

« Tout le monde le savait, et il apparaît désormais clairement que la ville le savait elle aussi », a déclaré l’animateur américain.

Plus de morts des suites du 11 Septembre que le jour des attentats

L’enjeu est d’autant plus considérable que le bilan sanitaire du 11 Septembre n’a cessé de s’alourdir depuis 2001. Aux 2 977 personnes tuées le jour des attentats se sont ajoutés des milliers de secouristes, habitants et travailleurs décédés de maladies associées à leur exposition aux conséquences des attaques.

Selon les chiffres communiqués à l’occasion de la publication des documents, plus de 9 400 personnes sont mortes de maladies liées à leur exposition au 11 Septembre, tandis que des dizaines de milliers d’autres souffrent notamment de cancers ou de pathologies respiratoires.

25 ans après l’effondrement des tours, l’ouverture des archives ne révèle donc pas seulement l’ampleur de la contamination de Lower Manhattan. Elle montre surtout qu’au moment même où la population cherchait à savoir si elle pouvait revenir sans danger dans ses logements et sur ses lieux de travail, la ville étudiait déjà en interne les risques sanitaires et les conséquences judiciaires que cette pollution pourrait provoquer.

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