Le départ de la 13e édition de la Route du Rhum a été donné ce dimanche à 13h02 au large de Saint-Malo. Les 115 skippers se sont élancés en solitaire vers Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, pour une traversée de 3 542 milles nautiques, soit environ 6 560 kilomètres. Les plus rapides espèrent battre le record établi en 2022 par Charles Caudrelier, vainqueur après 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes de navigation. Une bataille s’est engagée entre les meilleurs navigateurs de la planète, avec des conditions météorologiques qui pourraient rapidement bouleverser les classements.
Saint-Malo a vibré pour le grand départ
Après 13 jours de festivités, Saint-Malo a vécu ce dimanche le moment le plus attendu de la Route du Rhum. Depuis le 20 octobre, le village de la course, installé autour des bassins Vauban et Duguay-Trouin, a accueilli les visiteurs sur 70 000 m² d’animations, de stands et de rencontres avec les navigateurs. Plus d’un million de visiteurs étaient attendus pendant toute la durée de l’événement.
La sortie des bateaux a été organisée sur trois jours pour tenir compte des contraintes des écluses et des marées. Les gigantesques trimarans Ultim ont quitté les bassins vendredi, suivis samedi par les IMOCA, les Ocean Fifty et plusieurs bateaux historiques. Les derniers concurrents ont rejoint la mer ce dimanche matin avant de gagner la ligne de départ, installée au large de la pointe du Grouin.
À 13h02, le signal du départ a lancé les 115 navigateurs vers l’Atlantique. La flotte doit désormais franchir la porte du cap Fréhel avant d’entamer la traversée vers les Antilles.
Six catégories de bateaux, une seule destination
Cette 13e édition rassemble six catégories de voiliers aux caractéristiques très différentes. Les Ultim, trimarans géants capables de dépasser les 40 nœuds dans des conditions favorables, sont les principaux prétendants à la victoire au classement général. Grâce à leurs foils, ces bateaux peuvent soulever une partie de leur coque au-dessus de l’eau pour réduire la résistance et atteindre des vitesses considérables.
Les IMOCA, monocoques de 60 pieds utilisés notamment sur le Vendée Globe, constituent une autre catégorie phare. Les Ocean Fifty, multicoques de 50 pieds, et les Class40, monocoques de 40 pieds, possèdent leurs propres classements. Les catégories de bateaux historiques permettent également à des voiliers plus anciens de participer à cette transatlantique.
Professionnels expérimentés et navigateurs amateurs vont ainsi affronter le même océan, avec des temps de traversée très différents. Les premiers peuvent rejoindre la Guadeloupe en moins d’une semaine, tandis que certains concurrents mettront plusieurs semaines.
Charles Caudrelier veut conserver son titre
Tous les regards sont tournés vers Charles Caudrelier. Vainqueur de la précédente édition en 2022, le navigateur français défend son titre à bord du nouveau Maxi Edmond de Rothschild. Il détient le record absolu de l’épreuve avec une traversée réalisée en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes.
La concurrence s’annonce particulièrement relevée. Tom Laperche, à la barre de SVR-Lazartigue, Armel Le Cléac’h sur Banque Populaire XI et Thomas Coville sur Sodebo Ultim 3 figurent parmi ses principaux adversaires. Laperche, âgé de 29 ans, arrive avec de solides ambitions après ses performances lors des courses de préparation.
Chez les IMOCA, Jérémie Beyou, Sam Goodchild et Ambrogio Beccaria font partie des navigateurs attendus aux avant-postes. Jean Le Cam, âgé de 67 ans, participe également à cette édition à bord d’Alegria. Le vétéran de la course au large poursuit ainsi son exceptionnelle carrière, après plusieurs participations au Vendée Globe.
Un départ sous le soleil, mais une météo piégeuse dans l’Atlantique
Les concurrents ont bénéficié de conditions particulièrement favorables pour quitter Saint-Malo. Les prévisions annonçaient un vent de nord-est de 8 à 11 nœuds, une mer peu agitée et de belles éclaircies. Pour la première fois depuis 2010, le départ devait se dérouler au portant, avec un vent poussant les bateaux vers le large.
Ces conditions relativement calmes ne devraient cependant pas durer. Les navigateurs attendent un renforcement du vent dès lundi, avec des rafales pouvant atteindre 25 à 30 nœuds. Les premières 36 heures devraient permettre aux bateaux les plus rapides de progresser dans des conditions favorables, avant une dégradation de la situation météorologique.
L’absence d’alizés bien établis complique également les stratégies. Une partie de la flotte pourrait être contrainte d’emprunter une route plus septentrionale que lors des éditions précédentes. Une dépression susceptible de se former mercredi dans le secteur des Açores constitue une difficulté supplémentaire.
Les skippers devront donc choisir entre plusieurs trajectoires, parfois très éloignées de la route directe vers la Guadeloupe. Une mauvaise décision pourrait coûter plusieurs centaines de milles et compromettre les chances de victoire.
Le record de 2022 sera difficile à battre
Le record de Charles Caudrelier reste la référence absolue de la Route du Rhum. En 2022, le navigateur avait rejoint Pointe-à-Pitre en moins de sept jours, améliorant considérablement le précédent temps de référence.
Pour cette édition, les premiers calculs météorologiques rendent une nouvelle amélioration incertaine. Les routages envisagent une arrivée des Ultim les plus rapides à partir de dimanche prochain. Seuls 15% des scénarios étudiés avant le départ prévoyaient une traversée bouclée en sept jours.
Les IMOCA les plus performants pourraient mettre une dizaine de jours, tandis que les Class40 et les bateaux historiques devraient rester beaucoup plus longtemps en mer. Les conditions rencontrées au passage du golfe de Gascogne, au large du Portugal et dans l’Atlantique Nord seront déterminantes.
Une course mythique créée en 1978
Disputée tous les quatre ans, la Route du Rhum est devenue l’une des courses transatlantiques les plus célèbres. Sa première édition, organisée en 1978, avait été remportée par le Canadien Mike Birch après une arrivée restée dans l’histoire. À bord de son petit trimaran Olympus Photo, il avait devancé Michel Malinovsky de seulement 98 secondes après plus de 23 jours de mer.
En 1990, Florence Arthaud était devenue la première femme à remporter l’épreuve, à bord de Pierre 1er. Sa victoire avait contribué à faire d’elle l’une des grandes figures de la voile française.
Cette édition 2026 réunit 115 concurrents, dont 11 femmes. Le plus jeune participant, Titouan Pilliard, est âgé de 20 ans, tandis que Charlie Capelle, 71 ans, est le doyen de la flotte.
Comment suivre les 115 skippers en direct ?
La course peut désormais être suivie grâce à la cartographie officielle de la Route du Rhum, qui permet de consulter les positions des bateaux, leur progression et les classements des différentes catégories. Les données de localisation sont actualisées toutes les heures.
Les passionnés de voile peuvent également retrouver les images du départ et les premières manœuvres sur france.tv, ainsi que les réactions des navigateurs et les vidéos transmises depuis les bateaux sur le site officiel de la compétition.
Une émission spéciale consacrée au départ est également programmée ce dimanche entre 18h et 19h, avec notamment le directeur de course Francis Le Goff et la navigatrice Amélie Grassi.
Les premiers concurrents sont attendus à Pointe-à-Pitre à partir du dimanche 8 novembre, selon les conditions météorologiques rencontrées pendant la traversée.









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