SANTÉ Santé publique

Arrêts de travail : l’absentéisme atteint un record en 2025, porté par les arrêts longs

Arrêts de travail : l’absentéisme atteint un record en 2025, porté par les arrêts longs
Arrêts de travail : l’absentéisme atteint un record en 2025, porté par les arrêts longs

Le taux d’absentéisme dans les entreprises françaises a atteint 4,68 % en 2025, un niveau record selon la cinquième édition de l’Observatoire des arrêts de travail d’Apicil, réalisée à partir des données de plus de 55 000 entreprises. Il dépasse désormais le précédent pic de 2022, à 4,61 %, et progresse nettement par rapport à 2024. La hausse ne vient pas seulement d’une multiplication des arrêts courts : elle est surtout alimentée par les absences de longue durée. Plus de la moitié des jours d’arrêt sont liés à des absences de plus de 90 jours, tandis que trois quarts concernent des arrêts dépassant 30 jours. Dans le même temps, la proportion de salariés ayant connu au moins un arrêt progresse de 26,98 % à 27,68 %, et le nombre moyen d’arrêts par salarié absent passe de 1,83 à 1,90. La durée moyenne recule légèrement, de 19,85 à 19,45 jours, signe que les arrêts deviennent à la fois plus fréquents et davantage concentrés sur des situations longues.

La maladie reste de très loin le premier motif d’absence, avec plus de 90 % des arrêts recensés. Mais derrière ce chiffre global, les troubles psychiques occupent une place croissante dans les absences longues : ils représentent 42,75 % des arrêts de plus de 30 jours dans l’échantillon étudié, devant les troubles musculosquelettiques, à 30,54 %. Les conditions de travail ne peuvent donc pas être écartées de l’analyse. La Dares a montré qu’une exposition accrue aux risques physiques et psychosociaux est associée à une dégradation de la santé, mais aussi à davantage d’absences pour maladie et d’accidents du travail. Les écarts entre catégories professionnelles sont considérables : l’absentéisme atteint 6,52 % chez les ouvriers contre 2,52 % chez les cadres, 5,92 % chez les salariés de 60 ans et plus contre 3,54 % chez les moins de 30 ans, et 5,60 % chez les femmes contre 3,76 % chez les hommes. Dares

Un coût qui augmente pour l’Assurance maladie et les entreprises

Cette progression se retrouve dans les dépenses publiques. Selon l’Assurance maladie, les versements d’indemnités journalières ont encore augmenté de 5 % en 2025. La Cour des comptes avait déjà alerté sur une dynamique particulièrement rapide : entre 2019 et 2023, les dépenses d’indemnités journalières avaient progressé en moyenne de 6,5 % par an, puis encore de 8 % en 2024 pour atteindre 17,1 milliards d’euros. La hausse ne s’explique pas uniquement par davantage d’arrêts. Vieillissement de la population active, progression des salaires, inflation et évolution de l’emploi jouent également un rôle. Mais la Cour estime que l’augmentation du recours aux arrêts maladie explique une part importante de cette progression. Depuis avril 2025, le plafond de salaire pris en compte pour calculer les indemnités journalières a d’ailleurs été abaissé de 1,8 à 1,4 Smic, mesure destinée notamment à contenir la dépense. Assurance Maladie

Le profil des absences invite cependant à la prudence face à une lecture uniquement centrée sur d’éventuels abus. Un arrêt sur quatre dure moins de trois jours, mais ce sont surtout les absences longues qui pèsent sur le taux global. Les maladies professionnelles atteignent ainsi une durée moyenne de près de 116 jours, tandis que les accidents du travail dépassent 43 jours. La forte progression des temps partiels thérapeutiques, qui représentent désormais 4,57 % des absences recensées, traduit également le retour progressif au travail de salariés après des problèmes de santé parfois lourds. Les données d’Apicil montrent en outre que les salariés en CDI sont nettement plus souvent absents que ceux en CDD. Le groupe avance une explication possible : la précarité des contrats courts peut conduire certains salariés à continuer à travailler alors que leur état de santé justifierait un arrêt, phénomène généralement qualifié de présentéisme.

Le débat sur les arrêts maladie revient au premier plan

Ces chiffres arrivent au moment où le gouvernement prépare une nouvelle discussion avec les partenaires sociaux sur les arrêts de travail. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé mi-septembre vouloir ouvrir rapidement des échanges sur le sujet. De son côté, le président du Medef Patrick Martin a mis en cause l’augmentation de certains arrêts courts, évoquant des comportements parfois « suspects » et défendant l’idée qu’une moindre indemnisation pourrait modifier certains usages. Ces positions alimentent un débat ancien entre contrôle des abus, maîtrise des dépenses publiques et prévention réelle des problèmes de santé au travail. Les statistiques disponibles montrent en tout cas que les arrêts courts ne suffisent pas à expliquer la situation actuelle : la progression des troubles psychiques, des maladies professionnelles et des absences de longue durée pèse lourdement dans le bilan.

Le sujet est donc plus large que celui du seul absentéisme. L’Assurance maladie rappelle qu’un arrêt de travail constitue un revenu de remplacement versé lorsqu’un médecin estime qu’un salarié ne peut pas poursuivre temporairement son activité, avec un délai de carence de trois jours dans le régime général. Pour les entreprises, la hausse des absences entraîne des coûts d’organisation, de remplacement et de maintien de salaire. Pour la collectivité, elle alimente une dépense sociale en forte progression. Mais les données sur les conditions de travail montrent aussi qu’une partie du problème se joue en amont : pénibilité, vieillissement des effectifs, troubles musculosquelettiques et santé mentale. Réduire durablement l’absentéisme passera donc autant par le contrôle des arrêts injustifiés que par la prévention des pathologies qui éloignent réellement et parfois longtemps les salariés de leur emploi. ameli.fr

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