Greg Guillotin a publié samedi 5 septembre une longue déclaration sur ses propres réseaux sociaux, au lendemain des révélations sur la plainte déposée par son ancienne compagne pour violences conjugales et harcèlement. Le youtubeur reconnaît avoir exercé des violences physiques et psychologiques, dit avoir « honte » et présente publiquement ses excuses.
Mais ce qui interpelle, c’est ce qu’a affirmé Jean-François Guyot, journaliste à l’AFP : la déclaration de Greg Guillotin lui a été « transmise par son conseil en communication @floriansilnicki ».
Florian Silnicki a ensuite lui-même reposté le message du journaliste. Or l’homme n’est pas qu’un simple conseiller en communication. C’est le fondateur de LaFrenchCom, un cabinet de communication de crise dont le métier consiste précisément à accompagner des dirigeants et des personnalités dont la réputation est menacée.
Florian Silnicki s’est-il simplement chargé de transmettre à l’AFP un texte écrit par Greg Guillotin ? Ou a-t-il également, ce qui est son métier, participé à sa préparation, à sa formulation, voire à sa rédaction ?

En 24 heures, Greg Guillotin passe du silence au mea culpa
Pour rappel, le 4 septembre, lorsque la plainte et les accusations de son ancienne compagne sont devenues publiques, Greg Guillotin n’avait pas souhaité réagir.
La jeune femme, âgée de 27 ans, a déposé plainte le 17 juin auprès du procureur de la République d’Évry. Elle dénonce des violences physiques répétées, des insultes, des humiliations, du dénigrement et un système de surveillance au domicile du couple.
Le lendemain, le youtubeur a reconnu publiquement avoir été violent avec son ancienne compagne : « Mon ancienne compagne a déposé plainte contre moi pour des violences physiques et psychologiques. Elle les a subies. Je ne vais ni les nier, ni chercher à les justifier. J’ai honte. »
Il oppose ensuite son image publique d’humoriste à son comportement dans son couple : « Chez moi, à plusieurs reprises, j’ai aussi été violent avec la personne qui partageait ma vie. Les deux sont vrais. Les deux ont été moi. Je ne veux plus jamais être le second. »
Protéger les réputations, le métier de son conseiller
Créée en 2014, LaFrenchCom est spécialisée dans la communication sensible, la gestion de crise et la communication sous contrainte judiciaire. Elle accompagne des clients confrontés à des crises médiatiques, judiciaires ou personnelles et résume son métier par cette formule : « protéger votre réputation ».
Florian Silnicki, spécialiste de la communication de crise, décrit son rôle comme celui d’un « avocat médiatique » face au « tribunal de l’opinion publique ». Pendant que les avocats assurent la défense judiciaire, son cabinet travaille sur les messages, la stratégie médiatique et la manière dont la réponse d’un client sera comprise par le public.
Ce sont précisément ces compétences qui intéressent dans le cas de Greg Guillotin : la déclaration transmise par Silnicki engage autant la reconnaissance des violences que l’image de celui qui les reconnaît.
Publier ses excuses ne signifie pas forcément les avoir écrites
Le rôle de Silnicki s’est-il arrêté à la transmission du communiqué à l’AFP ? Ou a-t-il commencé bien avant : relecture, corrections, conseils sur les formulations, restructuration du message, voire rédaction à plusieurs mains ?
Un texte publié sur le compte personnel de Greg Guillotin peut avoir été écrit par lui, travaillé avec son conseiller ou préparé par des professionnels avant d’être validé. L’emploi de la première personne donne au lecteur une impression de parole directe ; il ne renseigne pas sur celui qui a tenu la plume.
C’est cette distinction qui mérite d’être examinée : les excuses sont bien publiées par Greg Guillotin, mais quelle part de leur formulation lui appartient ?
Reconnaître, regretter, montrer qu’on se soigne, puis se taire
Après la reconnaissance des violences et l’expression de sa honte, Greg Guillotin met en avant un travail thérapeutique : « Un an avant la fin de notre relation, j’ai commencé à être suivi par un psychiatre. J’ai ensuite entamé un suivi régulier avec un psychologue spécialisé dans l’accompagnement des auteurs de violences conjugales. »
Il assure poursuivre cet accompagnement : « On y apprend à regarder ce qu’on a fait sans détourner les yeux, et à faire le travail nécessaire pour que cela ne se reproduise jamais. J’y vais encore aujourd’hui. J’irai aussi longtemps qu’il le faudra. » Viennent ensuite les excuses directement adressées à son ancienne compagne : « À celle qui a partagé ma vie pendant sept ans, je dois des excuses. Je les présente ici, une nouvelle fois, publiquement, même si je sais que cela peut sembler dérisoire. »
Pour les autres faits visés par la plainte, il indique qu’il répondra aux enquêteurs et à la justice. Il annonce également qu’il ne répondra pas aux prochaines prises de parole publiques à son sujet : « Beaucoup de choses seront dites à mon sujet. Je n’y répondrai pas. Tout ce que je pouvais dire est ici. Le reste, c’est à moi de le faire. »
LaFrenchCom décrit, dans ses publications sur la défense médiatique, des stratégies consistant à reconnaître une faute puis à présenter les mesures prises pour éviter sa répétition. On retrouve cette progression dans le communiqué de Greg Guillotin.
Le texte fait ainsi davantage que reconnaître les violences : il met également en avant l’image d’un homme qui se soigne et promet de changer. Puis il fixe la limite de la discussion publique en annonçant le silence. Cette construction donne tout son intérêt à la question du rôle joué par le communicant dans sa préparation.
Derrière les excuses, une carrière à protéger
Greg Guillotin rassemble près de 4,5 millions d’abonnés sur YouTube. Ses caméras cachées et Le Pire Stagiaire ont accumulé des dizaines de millions de vues, sans parler de leur diffusion sur C8, W9 ou encore M6+. Son activité dépend de son image auprès du public, mais également de ses relations avec les plateformes, producteurs, diffuseurs, partenaires commerciaux et annonceurs.
Les accusations de son ancienne compagne représentent donc une crise judiciaire et personnelle, ainsi qu’une menace potentiellement considérable pour sa carrière. La façon dont ses aveux seront reçus comporte aussi des enjeux professionnels et commerciaux.
Si ces excuses ont été écrites ou réécrites par un cabinet de gestion de crise, le public lit également un message préparé par des spécialistes de la protection des réputations. Cela pose une question sur ce qui lui est présenté comme une parole personnelle : qui a choisi les mots du repentir, et quelle place la sincérité et la sauvegarde de la carrière du youtubeur a-t-elle occupée dans ce mea culpa ? Chacun se fera sa propre opinion…
