La construction d’un centre de quarantaine destiné à accueillir d’éventuels patients exposés au virus Ebola provoque une vive controverse au Kenya. Malgré une décision de justice ordonnant la suspension du projet et des manifestations parfois violentes, du matériel et du personnel spécialisés américains continuent d’arriver sur une base militaire située à Nanyuki, dans le centre du pays.
Selon les informations rapportées par Reuters, une vingtaine de vols ont transporté des équipements médicaux et des experts vers le site où les États-Unis construisent une unité de 50 lits destinée à prendre en charge des ressortissants américains susceptibles d’être exposés au virus. Cette initiative intervient alors que des cas d’Ebola ont été signalés en République démocratique du Congo et en Ouganda.
Le projet suscite une forte opposition locale. Des manifestations ont éclaté à Nanyuki et ont fait au moins deux morts. Les opposants dénoncent un plan qui ferait du Kenya un centre de traitement pour des patients étrangers et accusent les États-Unis de transférer sur le territoire kényan les risques liés à la gestion de la maladie.
La polémique a également pris une dimension politique. Le président kényan William Ruto est critiqué par une partie de l’opinion publique, qui estime que son gouvernement n’a pas suffisamment consulté la population avant d’approuver le projet.
Un tribunal kényan a ordonné le 28 mai la suspension des travaux, mais selon des données de suivi aérien et plusieurs responsables cités par Reuters, les vols militaires américains vers la base de Nanyuki se sont poursuivis après cette décision. Cette situation alimente les interrogations sur le respect des décisions judiciaires et sur les relations entre Nairobi et Washington.
D’après un câble diplomatique américain consulté par Reuters, l’ambassade des États-Unis au Kenya aurait également mis en garde contre une montée de l’opposition populaire au projet. Les autorités américaines, de leur côté, affirment que l’installation vise à renforcer les capacités de réponse face à une éventuelle propagation régionale d’Ebola.
L’affaire met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les gouvernements lorsqu’ils tentent de concilier impératifs sanitaires internationaux, souveraineté nationale et acceptation par les populations locales.
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