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Ceuta submergée par 60 000 migrants, l’UE convoque une réunion d’urgence

Ceuta submergée par 60 000 migrants, l’UE convoque une réunion d’urgence
Ceuta submergée par 60 000 migrants, l’UE convoque une réunion d’urgence

En quelques jours, environ 60 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, provoquant une crise sans précédent dans ce territoire de 84 000 habitants. L’Union européenne a convoqué une réunion d’urgence de ses ministres de l’Intérieur pour mardi.

Du mercredi au vendredi, des dizaines de milliers de personnes ont traversé la frontière séparant le Maroc de Ceuta, enclave espagnole sur le continent africain. Le chiffre de 60 000 entrées a été avancé par Juan Jesus Vivas, plus haut responsable du territoire, tandis que le ministère espagnol de l’Intérieur retenait le chiffre de 50 000. Au moins 72 personnes ont péri dans la traversée, faisant de cet épisode la plus grande vague migratoire jamais enregistrée dans l’enclave.

Beaucoup ont nagé depuis les côtes marocaines en combinaison de plongée ou à l’aide d’embarcations gonflables, contournant les grillages frontaliers par la mer. « J’ai traversé par le sable au début de Castillejos, puis escaladé un mur de la police marocaine. Ensuite j’ai franchi la frontière à la nage, environ 200 mètres en mer, c’est tout », a raconté un migrant marocain à l’agence Reuters.

Dès samedi, le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska annonçait que « presque tous » les migrants avaient quitté le territoire et que la situation était « pratiquement revenue à la normale ». Les gardes-côtes espagnols patrouillaient toujours les eaux proches de Ceuta dimanche, les autorités précisant que la majorité des personnes entrées avaient été renvoyées au Maroc voisin.

L’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’UE, a convoqué une vidéoconférence d’urgence des ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept pour mardi. Cette décision fait suite à une lettre commune signée par 22 États membres réclamant « une action coordonnée et le renforcement des frontières extérieures ». « Nous ne pouvons pas permettre que des franchissements massifs incontrôlés […] créent la perception qu’une entrée illégale dans l’Union européenne est possible », ont-ils écrit.

L’Italie a suspendu l’application des accords Schengen avec l’Espagne, une mesure condamnée par Madrid, dont la portée pratique reste limitée puisque les deux pays ne partagent aucune frontière terrestre. La France a annoncé un renforcement quintupled de ses effectifs policiers à la frontière espagnole, tandis que le Portugal a dit vouloir muscler ses contrôles aux frontières terrestres et maritimes méridionales. Londres et Paris ont exprimé leur « solidarité » avec l’Espagne.

Manfred Weber, président du Parti populaire européen, a réclamé que Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, dispose de « véritables pouvoirs coercitifs ». « Si un gouvernement de gauche en Espagne n’est pas prêt à sécuriser la frontière extérieure, alors Frontex doit aussi se voir attribuer une autorité de commandement », a-t-il déclaré samedi.

Les causes de cet afflux soudain restent floues. Une décision de la Cour suprême espagnole du 8 juillet, interdisant le renvoi sommaire des migrants interceptés en mer, est avancée comme facteur possible. Le journaliste Ignacio Cembrero, spécialiste des migrations en Afrique du Nord, estime qu’elle « a joué un rôle », tout en jugeant qu’elle n’explique pas « le niveau de mobilisation ». D’autres experts doutent que les migrants aient eu connaissance de ce jugement et pointent plutôt la politique migratoire relativement ouverte du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez. Grande-Marlaska, lui, a mis en cause les réseaux de passeurs qui auraient diffusé des interprétations trompeuses de la décision judiciaire.

Des observateurs soupçonnent le Maroc d’avoir facilité, voire orchestré, la crise comme levier de pression diplomatique. Rabat revendique depuis son indépendance en 1956 la souveraineté sur Ceuta et Melilla, deux enclaves que l’Espagne refuse catégoriquement de négocier. Cembrero affirme que les forces de sécurité marocaines semblaient « les bras croisés » depuis mercredi et que le Maroc aurait « vu une opportunité » de contraindre Madrid à négocier. L’Association marocaine des droits humains a réclamé une enquête indépendante pour « faire toute la lumière » sur les causes de l’afflux.

Certains analystes évoquent également une possible implication américaine et israélienne dans l’encouragement du Maroc à laisser passer les migrants. L’Espagne avait refusé en 2024 qu’un cargo américain transportant des armes pour Israël fasse escale à Algésiras, alors que les autorités marocaines avaient accueilli le navire de guerre. Donald Trump et Benjamin Netanyahou ont tous deux critiqué publiquement les positions espagnoles sur la Palestine et la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Trump a saisi l’occasion pour alimenter le débat politique intérieur américain. « J’ai regardé l’Espagne hier, j’ai vu la catastrophe. Ça ressemble à une invasion du pays par des centaines de milliers de personnes », a-t-il déclaré vendredi. Le président américain a lié la situation aux élections de mi-mandat de novembre, où les républicains peinent à conserver leur courte majorité au Congrès. Le département d’État a relevé le niveau d’alerte pour Ceuta au niveau 3, déconseillant aux Américains de s’y rendre en raison de « situations sécuritaires imprévisibles et dangereuses ».

Esteban Beltran, directeur d’Amnesty International Espagne, a appelé Madrid et Rabat à respecter les droits fondamentaux dans leur réponse. « Le principe de non-refoulement est absolu, et les expulsions collectives sont interdites dans tous les cas », a-t-il rappelé.

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