Ils croyaient filer dans l’ombre ; ils ont fini sous les néons du commissariat. Hier jeudi, un peu avant 2 h du matin, deux garçons de 19 et 20 ans détalent avenue de la Commune-de-Paris, une fronde bricolée sous la veste. Les caméras de la maison d’arrêt les suivent depuis dix bonnes minutes : vingt paquets viennent de franchir les murs, atterrissant dans les cours de promenade comme un calendrier de l’Avent hors saison. Cannabis ? Smartphones ? L’inventaire suivra, mais les policiers de la mission de sécurisation, eux, cueillent le duo au coin de la rue. Garde à vue express ; comparution immédiate annoncée.
Une fronde pour catapulte express
Le scénario rappelle un sport urbain que les matons connaissent trop bien : trouver l’angle mort, tendre l’élastique, viser la lucarne, espérer la chute dans la bonne cour. Dans la voiture-banalisée-laboratoire, les enquêteurs auscultent la fronde : caoutchouc neuf, poignée renforcée, capacité à hisser un paquet de 200 g au-delà des 6 m 50 de l’enceinte. Le butin ? Pour l’heure, sous scellés. D’après les premières perquisitions, les deux amateurs seraient venus « aider un pote » incarcéré pour trafic de stupéfiants. Pas de bol : depuis l’incendie de la voiture d’un surveillant mi-avril, le centre pénitentiaire tourne à la vigilance maximale.
Après le drone, le retour au low-tech
Le 17 avril, un jeune pilote improvisé avait déjà tenté la livraison aérienne : 200 g de résine largués par drone, crash obligatoire, un an ferme. Cette fois-ci, pas d’électronique : juste de l’élastique et de la chance. Un retour à la vieille école qui ne trompe personne : les miradors traquent la trajectoire des colis comme on suit une pluie de météorites. Dans les prochaines semaines, la direction locale promet de nouvelles caméras et des filets anti-projectiles. « La prison n’est pas un drive-in », glisse un surveillant. Et les apprentis livreurs risquent de découvrir que la porte d’entrée la plus courte vers la maison d’arrêt est parfois… le tribunal.