Aly Diouara semble avoir changé de regard sur les avantages des élus depuis qu’il en est lui-même devenu un. En décembre 2022, celui qui n’était pas encore député LFI ni maire de La Courneuve dénonçait publiquement le fait que le maire de l’époque bénéficie d’un logement social dans une ville où des milliers d’habitants attendaient une attribution. Quatre ans plus tard, Aly Diouara est désormais député-maire… et reconnaît occuper lui-même un logement social. Dans le même temps, un recours contre son élection municipale lui permet légalement de conserver provisoirement son mandat de député et l’indemnité parlementaire qui l’accompagne.
IL A DIT…
Le 15 décembre 2022, Aly Diouara s’en prenait au maire de La Courneuve de l’époque, Gilles Poux. Il dénonçait d’abord le cumul des fonctions et les quelque « 8 000 €/mois d’argent public » qu’il lui attribuait.
Puis il attaquait directement son logement : « Un maire qui bénéficie d’un logement social dans un parc locatif excessivement en tension, @PlaineCoHabitat et dans une ville où 3000 demandeurs sont attente de l’attribution d’un logement social. »
Et Aly Diouara concluait son message par cette formule particulièrement sévère : « Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. »
Le message était limpide : lorsqu’on est maire et que l’on bénéficie de revenus publics importants, continuer d’occuper un logement social dans une commune où la demande est très forte constituait, à ses yeux, une situation suffisamment choquante pour être dénoncée publiquement.

IL A MENTI !
Quatre ans plus tard, Aly Diouara est devenu ce qu’il dénonçait.
Élu député en 2024 puis maire de La Courneuve en mars 2026, l’Insoumis reconnaît aujourd’hui être toujours locataire d’un logement social. Face à la polémique, il l’assume d’ailleurs totalement : « Oui, je bénéficie d’un logement social », a-t-il écrit le 12 août, affirmant en bénéficier dans le respect des règles applicables et expliquant avoir entrepris des démarches pour rejoindre le parc privé, sans succès jusqu’ici.
NDLR : rien ne permet d’affirmer qu’Aly Diouara occupe illégalement ce logement. La contradiction est ailleurs. En 2022, il reprochait précisément à un maire de bénéficier d’un HLM au motif que le parc social était saturé. En 2026, devenu maire lui-même, il explique que son propre maintien dans le parc social est parfaitement légitime.
Et ce n’est pas la seule situation embarrassante.
Depuis son élection à la mairie, Aly Diouara cumule provisoirement ses fonctions de maire et de député grâce à un recours contestant le scrutin municipal. Tant que le contentieux n’est pas définitivement tranché, la loi lui permet de conserver ses deux mandats. Il continue ainsi de percevoir son indemnité parlementaire, d’environ 7 600 euros brut mensuels, tout en ayant suspendu, selon ses propres déclarations, le versement de son indemnité de maire.
Le recours a été déposé le 17 avril par Nabil Touchna, présenté par Le Canard enchaîné comme un proche ayant soutenu sa campagne. Ce seul lien ne permet évidemment pas d’affirmer que le recours aurait été organisé par Aly Diouara pour conserver son mandat de député. Mais la situation lui est objectivement favorable : la procédure reporte le moment où il devra choisir définitivement entre l’Assemblée nationale et l’hôtel de ville.
En 2022, Aly Diouara dénonçait donc un maire bénéficiant d’un logement social et fustigeait les « fonctions cumulardes ». En 2026, il est député-maire, touche toujours son indemnité parlementaire et occupe lui-même un logement social.
Tout cela peut être légal.
Mais pour celui qui distribuait autrefois les leçons d’exemplarité, les archives sont particulièrement cruelles : ce qui semblait scandaleux lorsque les autres en bénéficiaient paraît soudain beaucoup plus acceptable lorsqu’il est lui-même concerné.
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