François Bayrou avait assuré qu’il ne bénéficierait d’« aucun avantage » après son départ de Matignon. Près d’un an plus tard, l’ancien Premier ministre reconnaît pourtant disposer toujours d’un chauffeur et d’officiers de sécurité. Une réalité difficile à concilier avec ses déclarations de septembre 2025. Invité d’Europe 1, François Bayrou a ainsi livré une formule pour le moins contradictoire : « Je n’ai plus aucun avantage, si ce n’est des officiers de sécurité et un chauffeur. » Car si la protection policière peut répondre à des impératifs de sécurité, la voiture de fonction avec conducteur est bien un dispositif accordé par l’État aux anciens Premiers ministres et encadré comme tel par les textes.
En septembre 2025, François Bayrou promettait : « Aucun avantage »
Quelques jours avant de quitter Matignon, François Bayrou avait pourtant tenu un discours beaucoup plus catégorique. Interrogé par Brut à la veille du vote de confiance à l’Assemblée nationale qui allait provoquer la chute de son gouvernement, il assurait qu’il ne profiterait pas de son passage à Matignon pour conserver des privilèges : « Je ne prendrai pas de secrétariat. Le jour où je suis devenu Premier ministre, j’ai renoncé aux indemnités d’élu local qui étaient les miennes et donc j’aurai le droit à aucun avantage. J’aurai le droit à un garde du corps peut-être parce que c’est comme ça qu’on assure la sécurité du moins un certain temps. Tout le monde croit qu’il y a des privilèges et des avantages et notamment pécuniaires. Ce n’est pas vrai. Rien. » Le mot était donc sans ambiguïté : « Rien. »
11 mois plus tard, le « rien » comprend finalement un chauffeur
La déclaration faite aujourd’hui est sensiblement différente. François Bayrou affirme désormais : « Je n’ai plus aucun avantage, si ce n’est des officiers de sécurité et un chauffeur. » Pour la sécurité, l’ancien Premier ministre avait effectivement laissé la porte ouverte dès septembre 2025 en évoquant lui-même la possibilité de conserver un garde du corps. Pour le chauffeur, en revanche, cette réserve ne figurait pas dans sa promesse. Il affirmait alors qu’il n’aurait droit à « aucun avantage ». Or François Bayrou bénéficie bien aujourd’hui d’un chauffeur lorsqu’il se trouve à Paris.
La voiture avec chauffeur est bien un avantage prévu pour les anciens Premiers ministres
La distinction faite par François Bayrou se heurte surtout aux textes régissant précisément les moyens accordés aux anciens chefs du gouvernement. Le décret du 16 septembre 2025 prévoit que l’État peut mettre à la disposition des anciens Premiers ministres, sur leur demande, un véhicule de fonction et un conducteur automobile et prendre en charge les dépenses correspondantes pendant une durée maximale de dix ans après leur départ de Matignon. Autrement dit, il ne s’agit pas simplement d’un moyen de transport personnel que François Bayrou financerait lui-même : il s’agit d’un dispositif attaché à son statut d’ancien Premier ministre et payé par l’État. Sébastien Lecornu avait d’ailleurs précisément présenté la réforme de septembre 2025 comme la fin des « avantages à vie » des anciens membres du gouvernement. Le véhicule avec chauffeur faisait partie des dispositifs concernés.
Pas de secrétariat, mais pas par choix
François Bayrou avait également annoncé qu’il ne prendrait pas de secrétariat particulier. Sur ce point, l’ancien Premier ministre ne bénéficie effectivement pas de secrétaire mis à sa disposition par l’État. Mais cette absence n’est pas simplement la conséquence d’un renoncement volontaire. Le dispositif est soumis à une limite d’âge. François Bayrou, aujourd’hui âgé de 75 ans, ne remplit pas les conditions lui permettant d’en bénéficier. Présenter l’absence de secrétariat comme la conséquence de sa volonté de renoncer aux avantages de sa fonction est donc trompeur : il ne pouvait de toute façon plus y prétendre.
Une promesse qui ne correspond plus à la réalité
En septembre 2025, François Bayrou disait donc « aucun avantage » et concluait même par « Rien ». En août 2026, il reconnaît disposer d’officiers de sécurité et d’un chauffeur tout en continuant d’affirmer qu’il n’a « plus aucun avantage ». La protection policière peut parfaitement être justifiée par des impératifs de sécurité et dépendre de l’évaluation des menaces pesant sur l’ancien Premier ministre. Mais concernant le chauffeur, les faits sont plus difficiles à contourner : François Bayrou avait promis de ne bénéficier d’aucun avantage après Matignon. Il bénéficie aujourd’hui d’un dispositif financé par l’État et expressément prévu pour les anciens Premiers ministres. Entre la promesse du « rien » et la réalité du chauffeur, François Bayrou n’a donc pas tenu l’engagement qu’il avait publiquement formulé avant son départ de Matignon.