La cour d’assises des Bouches-du-Rhône a condamné, mardi 13 octobre 2026, trois hommes à des peines allant de 12 à 20 ans de réclusion criminelle pour l’enlèvement et les violences infligées à un jeune guetteur sur fond de rivalités entre trafiquants de drogue à Marseille. Les faits remontent au 21 juin 2021, dans la cité de La Paternelle, où plusieurs groupes criminels se disputaient le contrôle d’un point de vente de stupéfiants connu sous le nom de « Maga ». La victime, alors âgée de 23 ans, avait été enlevée avant d’être conduite dans un secteur isolé, où ses ravisseurs avaient tenté de l’exécuter. Le jeune homme n’avait dû sa survie qu’au dysfonctionnement de l’arme à feu pointée sur sa tête. Cinq ans après cette scène d’une extrême violence, la justice a rendu son verdict dans une affaire révélatrice des méthodes d’intimidation utilisées dans les conflits liés au narcotrafic marseillais.
Le jour de son enlèvement, le jeune homme travaillait comme guetteur sur un point de deal de La Paternelle. Soupçonné par ses agresseurs de collaborer avec une organisation rivale, il avait été brutalement contraint de monter dans le coffre d’une voiture, puis transporté dans les collines à proximité d’une déchetterie. Sur place, ses ravisseurs l’avaient interrogé sur l’identité des trafiquants pour lesquels il travaillait avant de lui tirer une balle dans la jambe. L’un des hommes avait ensuite dirigé son arme vers sa tête dans ce qui s’apparentait à une tentative d’exécution. Le pistolet s’était alors enrayé, empêchant le départ du coup de feu. Les agresseurs avaient filmé une partie de cette séquence, destinée à être diffusée sur les réseaux sociaux, avant de contraindre leur victime à se déshabiller et de l’abandonner, blessée, dans les collines. Présentée pendant les débats, cette vidéo a constitué un élément important du dossier, permettant aux jurés de mesurer la violence des faits et la terreur imposée au jeune homme.
Des condamnations sévères malgré l’absence de la victime au procès
Parmi les trois accusés figurait Seyni Demba, déjà condamné en 2016 dans une affaire de règlement de comptes. Arrêté le soir même des faits, il avait bénéficié quelques semaines auparavant d’une permission de sortie destinée à lui permettre de rendre visite à sa mère malade, mais n’avait pas réintégré son établissement pénitentiaire. La cour d’assises l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour tentative d’assassinat. Les deux autres accusés ont été condamnés à des peines de 12 et 15 ans. L’avocate générale avait requis entre 15 et 20 ans de réclusion contre les trois hommes, soulignant notamment la gravité des violences et la volonté d’humilier la victime. La procédure s’est toutefois déroulée sans le témoignage direct du jeune guetteur, qui n’a plus répondu aux convocations judiciaires depuis les faits. Son absence a constitué une difficulté pour les débats, sans empêcher la juridiction de statuer à partir des autres éléments réunis pendant l’enquête.
Cette affaire illustre la brutalité des luttes pour le contrôle des points de vente de stupéfiants dans certains quartiers de Marseille. Les guetteurs, souvent recrutés pour surveiller les accès aux lieux de trafic et signaler l’arrivée des forces de l’ordre, peuvent se retrouver directement exposés aux représailles des organisations concurrentes. Les enlèvements, les séquestrations et les violences filmées constituent alors des instruments d’intimidation destinés à imposer une domination territoriale et à dissuader toute collaboration avec un réseau rival. La diffusion de ces images sur les réseaux sociaux ajoute une dimension supplémentaire à ces pratiques, en transformant les sévices infligés aux victimes en messages adressés à d’autres trafiquants. Les condamnations prononcées par la cour d’assises rappellent que ces violences peuvent relever des qualifications criminelles les plus graves, indépendamment de l’implication éventuelle des victimes dans le trafic de stupéfiants. Cinq ans après son enlèvement, le jeune guetteur demeure absent de la procédure judiciaire, tandis que le verdict marque une étape majeure dans le traitement de cette affaire de tentative d’assassinat sur fond de narcotrafic.

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