SOCIÉTÉ Police-Justice

Fusillade à Aubagne: le tireur de 14 ans aurait affirmé s’être inspiré du Bataclan, le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête

Fusillade à Aubagne: le tireur de 14 ans aurait affirmé s’être inspiré du Bataclan, le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête
Fusillade à Aubagne: le tireur de 14 ans aurait affirmé s’être inspiré du Bataclan, le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête

Au lendemain de la fusillade au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, de nouveaux témoignages apportent des éléments troublants sur la personnalité de l’adolescent de 14 ans qui a ouvert le feu sur le principal et une enseignante lundi. Plusieurs élèves évoquent son intérêt pour l’attentat du Bataclan, sa passion pour les jeux vidéo de guerre, des difficultés sentimentales et des conflits répétés avec la direction de l’établissement. Ce mardi, le parquet national antiterroriste a annoncé reprendre l’enquête, après la découverte d’éléments numériques laissant penser que le collégien pourrait adhérer à une communauté glorifiant les auteurs de tueries de masse.

Le collégien aurait confié avoir été inspiré par l’attentat du Bataclan

Parmi les nouveaux témoignages recueillis auprès des élèves du collège Joseph-Lakanal, l’un d’eux attire particulièrement l’attention. Un camarade affirme que le jeune tireur avait déjà évoqué l’attentat du Bataclan, commis à Paris le 13 novembre 2015, au cours duquel 90 personnes avaient été assassinées dans la salle de spectacle.

L’élève rapporte que l’adolescent lui avait parlé de cet attentat avant son passage à l’acte. «Il nous avait dit que ça l’avait inspiré beaucoup, mais sans rentrer dans les détails.» Il affirme également que le collégien s’intéressait à cette attaque et cherchait à se documenter à son sujet.

Un amateur de Call of Duty, des conflits scolaires et une rupture sentimentale

Plusieurs camarades décrivent également un adolescent amateur de jeux vidéo, notamment de la célèbre franchise de tir Call of Duty. Cet intérêt s’ajoute aux différents éléments examinés pour reconstituer son environnement personnel et numérique. Aucun lien de causalité entre la pratique de ce jeu et la fusillade n’a cependant été établi.

Les témoignages recueillis décrivent aussi un garçon qui entretenait des relations compliquées avec certains membres de l’équipe éducative. Plusieurs élèves affirment qu’il faisait régulièrement l’objet de rapports disciplinaires et de convocations dans le bureau du principal. L’adolescent aurait notamment mal vécu un rapport susceptible d’entraîner son exclusion.

Une autre piste concerne sa vie sentimentale. Un collégien évoque des tensions avec une ancienne petite amie, qui aurait diffusé des photographies intimes de l’adolescent. Ces affirmations n’ont pas été confirmées par l’enquête et aucune responsabilité ne peut être imputée à la jeune fille sur la seule base de ces déclarations.

D’autres témoignages présentent le suspect comme un garçon isolé, parfois en difficulté dans ses relations avec ses camarades. Certains élèves le décrivent comme calme, tandis que d’autres rapportent des comportements perturbateurs et des problèmes disciplinaires récurrents.

Des menaces auraient été proférées avant la fusillade

Une autre version pourrait intéresser les enquêteurs. Un élève affirme que son petit frère aurait croisé le futur tireur dans les toilettes du collège, peu avant l’attaque. L’adolescent lui aurait alors adressé des paroles menaçantes.

Selon ce témoignage indirect, il aurait déclaré : «Tu ne vois pas ce que je veux faire? On se verra prochainement, fais attention à toi.» La réalité de cet échange et son éventuelle signification restent à établir.

D’autres élèves ont rapporté que le collégien avait annoncé vouloir s’en prendre aux adultes. Une adolescente présente dans l’établissement au moment de la fusillade affirme notamment l’avoir entendu expliquer qu’il ne visait pas les autres élèves, mais les membres de l’équipe éducative.

Le parquet antiterroriste reprend l’enquête et examine la piste de la True Crime Community

Ce mardi, l’affaire a pris une nouvelle dimension judiciaire. Le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête après le dessaisissement du parquet de Marseille. Cette décision repose notamment sur les premiers résultats de l’exploitation des supports numériques du collégien.

Les investigations ont mis en évidence une probable adhésion de l’adolescent à la mouvance True Crime Community, également appelée TCC. Il s’agit d’un ensemble de communautés en ligne consacrées aux affaires criminelles, dont certaines glorifient les auteurs de tueries de masse et encouragent des formes de violence extrême.

Le PNAT cherche désormais à déterminer si l’adolescent partageait réellement cette idéologie et si elle a joué un rôle dans la préparation de son attaque. La consultation de contenus consacrés à des attentats ou à des tueurs de masse ne suffit toutefois pas, à elle seule, à démontrer une adhésion idéologique.

L’enquête se poursuit désormais pour tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes et infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste. Les investigations ont été confiées notamment à la Sous-direction antiterroriste, à la Direction générale de la sécurité intérieure et à la direction zonale de la police nationale Sud.

Un fusil de chasse dissimulé dans un étui à guitare et plusieurs coups de feu

Comme nous l’avions rapporté dès lundi après la fusillade, l’adolescent, élève de troisième, est entré dans son collège vers 9h25 avec un fusil de chasse de calibre 12 dissimulé dans un étui à guitare. Il a ensuite ouvert le feu à plusieurs reprises à l’intérieur de l’établissement.

Le principal du collège, âgé de 53 ans, a été blessé à la hanche et au bas du dos, tandis qu’une enseignante de 37 ans a été atteinte aux membres inférieurs. L’adolescent a également tiré dans une salle de classe occupée, provoquant des projections de débris. Le pronostic vital des deux principales victimes n’a pas été engagé.

C’est finalement le conseiller principal d’éducation qui est parvenu à maîtriser et à désarmer le collégien, mettant fin à l’attaque. Le suspect a ensuite été interpellé et placé en garde à vue.

Les parents du tireur également en garde à vue

Les investigations portent aussi sur la provenance du fusil et les conditions dans lesquelles l’adolescent a pu accéder à cette arme. Comme nous l’avions révélé dans notre précédent article consacré à l’enquête judiciaire, le père du suspect, ancien militaire et tireur sportif, a été placé en garde à vue pour des questions relatives à la détention d’armes. La mère de l’adolescent a également été placée en garde à vue.

Des perquisitions ont été menées au domicile familial et les enquêteurs cherchent notamment à établir les conditions de conservation des armes. Les auditions doivent permettre de déterminer si le jeune homme s’est procuré le fusil à l’insu de ses parents et si des négligences ont facilité son accès à cette arme.

La garde à vue de l’adolescent a été prolongée ce mardi 13 octobre. Les enquêteurs doivent désormais confronter ses déclarations aux témoignages recueillis, à ses échanges numériques et aux éléments matériels saisis, afin de préciser les circonstances de la préparation de l’attaque et les motivations qui l’ont conduit à ouvrir le feu dans son collège.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Réagir à l’article

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une