Le président palestinien Mahmoud Abbas a officiellement décidé de reporter les élections législatives qui devaient se tenir le 28 novembre 2026. Dans un décret publié samedi 10 octobre, le dirigeant de l’Autorité palestinienne a fixé au 11 septembre 2027 l’organisation simultanée des élections présidentielle et législatives. Cette décision constitue un nouveau report d’un scrutin attendu depuis près de vingt ans, les dernières élections parlementaires palestiniennes remontant à janvier 2006. L’annonce intervient alors que la communauté internationale encourage depuis plusieurs années une réforme des institutions palestiniennes et un renouvellement de leur légitimité démocratique. Le président Abbas, âgé de 90 ans, demeure au pouvoir depuis son élection en 2005, sans avoir été soumis à un nouveau scrutin présidentiel.
Le nouveau décret annule celui publié le 9 juillet dernier, qui prévoyait l’élection des membres du Conseil législatif palestinien le 28 novembre. À l’époque, Mahmoud Abbas avait présenté ce rendez-vous électoral comme une étape importante dans la reconstruction des institutions et le renforcement de l’unité nationale. La France avait notamment salué cette annonce, considérant que les Palestiniens devaient pouvoir exprimer démocratiquement leur choix, aussi bien en Cisjordanie qu’à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Trois mois plus tard, le calendrier est finalement bouleversé. Selon l’agence officielle palestinienne Wafa, cette décision a été prise après des consultations avec les différentes forces politiques et une réunion du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
La situation à Gaza et à Jérusalem-Est invoquée pour justifier le report
Les autorités palestiniennes mettent en avant la dégradation des conditions politiques et sécuritaires pour justifier leur décision. Le comité exécutif de l’OLP affirme que les circonstances ont considérablement évolué depuis l’annonce du calendrier électoral. Il évoque notamment la situation dans la bande de Gaza, marquée par les destructions liées à la guerre, la présence des forces israéliennes et les difficultés rencontrées pour assurer la sécurité des opérations de vote. Les autorités palestiniennes dénoncent également des obstacles empêchant l’accès au territoire des membres de la Commission électorale centrale et des observateurs internationaux. Dans ces conditions, elles estiment ne pas pouvoir garantir la tenue d’élections libres et inclusives sur l’ensemble des territoires palestiniens.
Jérusalem-Est constitue un autre point de blocage majeur. Annexée par Israël, cette partie de la ville est revendiquée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur État. L’organisation d’un scrutin palestinien y demeure particulièrement sensible, notamment en raison des autorisations nécessaires pour installer des bureaux de vote et permettre le déroulement des opérations électorales. Ces difficultés avaient déjà été invoquées lors de précédents reports. À Gaza, les problèmes sont encore accentués par les destructions d’infrastructures, les déplacements de population et les besoins humanitaires. La tenue d’un scrutin suppose pourtant de disposer de listes électorales fiables, de centres de vote accessibles et de garanties de sécurité pour les électeurs comme pour les personnels chargés de l’organisation.
Une nouvelle désillusion démocratique après vingt ans sans législatives
Le report constitue un nouvel épisode dans une crise politique palestinienne qui dure depuis deux décennies. Les dernières élections législatives, organisées en janvier 2006, avaient été remportées par le Hamas au détriment du Fatah, le mouvement dirigé par Mahmoud Abbas. Cette victoire avait ouvert une période de tensions entre les deux formations, aboutissant en 2007 à une rupture politique et territoriale. Depuis cette date, le Hamas a exercé le pouvoir dans la bande de Gaza, tandis que l’Autorité palestinienne dominée par le Fatah a administré certaines parties de la Cisjordanie. Cette division a profondément affaibli les institutions palestiniennes et compliqué toute tentative d’organiser des élections nationales réunissant l’ensemble des territoires.
Pour Mahmoud Abbas, ce nouveau calendrier intervient également dans un contexte de contestation de son autorité. Élu président en janvier 2005 pour un mandat initial de quatre ans, il exerce toujours ses fonctions plus de vingt ans après son arrivée au pouvoir. L’absence d’alternance électorale nourrit les critiques concernant la légitimité des institutions et leur capacité à représenter les aspirations de la population. Selon une enquête réalisée en août 2026 par le Palestinian Centre for Policy and Survey Research auprès de 1 270 personnes, 79 % des personnes interrogées souhaitaient sa démission. Ces résultats témoignent d’un mécontentement important, même s’ils ne permettent pas de préjuger du résultat d’un futur scrutin. Les autorités palestiniennes assurent, de leur côté, que le report doit permettre de réunir de meilleures conditions pour une consultation démocratique.
Des rivalités politiques qui compliquent la préparation du scrutin
Au-delà des obstacles sécuritaires, les tensions entre les mouvements palestiniens ont également pesé sur les discussions. Ces derniers jours, plusieurs formations avaient engagé des consultations sur l’avenir du processus électoral. Des rapprochements étaient notamment évoqués entre le Hamas, le Jihad islamique et des responsables proches de Mohammed Dahlan, ancien dirigeant du Fatah aujourd’hui en rupture avec Mahmoud Abbas. Une telle recomposition aurait pu modifier les équilibres politiques et constituer un défi pour la direction actuelle de l’Autorité palestinienne. Le Fatah insistait toutefois sur la nécessité de parvenir à un consensus national avant toute décision définitive. Certaines formations ont critiqué le principe d’un nouveau report, estimant qu’il risquait d’aggraver la défiance des citoyens envers leurs représentants.
La nouvelle échéance du 11 septembre 2027 doit désormais permettre, selon la présidence palestinienne, d’organiser le même jour l’élection du président et celle des membres du Conseil législatif. La réussite de cette consultation dépendra toutefois de plusieurs facteurs qui échappent en partie au contrôle de l’Autorité palestinienne : l’évolution de la situation sécuritaire à Gaza, les conditions de vote à Jérusalem-Est, les relations avec Israël et la capacité des différentes factions à accepter un cadre électoral commun. Le nouveau calendrier constitue donc un engagement officiel, sans garantir à ce stade que les obstacles ayant conduit au report auront disparu dans onze mois. Pour les Palestiniens, cette décision prolonge encore une attente démocratique commencée il y a près de vingt ans, alors que les institutions chargées de les représenter restent confrontées à des divisions profondes.

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