Des centaines d’Haïtiens renvoyés des États-Unis retrouvent un pays profondément déstabilisé. Selon Human Rights Watch, cinq vols d’expulsion organisés entre le 20 août et le 17 septembre ont transporté 474 personnes vers Cap-Haïtien. Ces opérations se sont accélérées après la fin, le 27 juillet, du statut de protection temporaire accordé à de nombreux ressortissants haïtiens aux États-Unis. HRW, qui a interrogé 44 personnes expulsées ainsi que des responsables haïtiens et internationaux, affirme que certaines vivaient aux États-Unis depuis plusieurs années et que plusieurs ont laissé derrière elles des proches.
Les vols arrivent désormais à Cap-Haïtien, Port-au-Prince restant considéré comme trop dangereux pour ces opérations en raison de l’insécurité autour de l’aéroport. Une fois sur place, les personnes expulsées reçoivent notamment un repas, une boisson et 10 000 gourdes, soit environ 77 dollars, avant leur enregistrement par les autorités. Human Rights Watch rapporte cependant que les services haïtiens disposent de moyens limités pour assurer leur réinsertion. L’organisation recueille également des témoignages faisant état de difficultés d’accès à un avocat pendant les procédures aux États-Unis, de conditions de détention difficiles et, dans certains cas, de documents ou d’effets personnels qui n’auraient pas été restitués.
Un retour dans un pays déjà frappé par une crise humanitaire
Ces expulsions interviennent alors qu’Haïti reste confronté à une violence armée persistante, à des déplacements massifs de population et à une situation alimentaire très dégradée. HRW indique que près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et que plus de la moitié de la population a besoin d’une assistance humanitaire. La crise touche particulièrement les enfants : selon l’UNICEF, la FAO et le Programme alimentaire mondial, environ 253 725 enfants âgés de 6 à 59 mois pourraient souffrir de malnutrition aiguë entre juin 2026 et mai 2027, dont près de 94 000 sous une forme sévère.
Human Rights Watch demande aux autorités américaines de suspendre les expulsions vers Haïti tant que les conditions de sécurité et d’accueil restent, selon l’organisation, incompatibles avec un retour sûr. Cette position relève de l’analyse et des recommandations de l’ONG. Les autorités américaines ont, elles, poursuivi les vols depuis la fin du statut de protection temporaire, tandis que les administrations haïtiennes interrogées par HRW disent manquer de financements, de structures d’hébergement et de dispositifs de réinsertion adaptés. Pour les personnes renvoyées, l’expulsion ne signifie donc pas seulement un retour dans leur pays d’origine, mais souvent l’arrivée dans un environnement où logement, sécurité et accès aux services les plus essentiels restent incertains.

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