Le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis a provoqué jeudi un effondrement des marchés boursiers, les investisseurs redoutant un coup de frein brutal au développement de l’intelligence artificielle après les victoires démocrates.
Le Nasdaq a chuté de plus de 5,5 % jeudi, effaçant quelque 2 500 milliards de dollars de capitalisation boursière en une seule séance, selon les données de Dow Jones. Le S&P 500 a reculé de 4,4 % et le Dow Jones Industrial Average de plus de 3,4 %, signant l’une des pires journées pour les marchés américains depuis 2025. Le Nasdaq entre désormais en territoire dit de « correction », ce qui signifie qu’il a perdu au moins 10 % par rapport à son récent sommet.
La débâcle boursière fait suite aux victoires démocrates lors des élections de mi-mandat, dont plusieurs candidats avaient fait de la limitation de l’expansion de l’intelligence artificielle un axe central de leur campagne. Des dizaines de mesures visant à restreindre la construction de centres de données figuraient sur les bulletins de vote à travers le pays. En Texas, Gina Hinojosa, élue gouverneure, avait notamment promis un moratoire sur toute nouvelle construction dans ce secteur.
Les valeurs les plus exposées à l’infrastructure d’intelligence artificielle ont subi les pertes les plus sévères. Nvidia a vu son cours chuter de plus de 9 %, ce qui représente plus de 400 millions de dollars de capitalisation envolés. Les fabricants de semi-conducteurs AMD et Micron ont tous deux reculé de plus de 17 %, Intel de 10,3 %, tandis que le fabricant de cartes mémoire SanDisk s’effondrait de plus de 22 %. L’indice Philadelphia Semiconductor, qui suit les trente plus grandes entreprises du secteur, a perdu plus de 12 % sur la journée.
Les sociétés d’Elon Musk n’ont pas été épargnées : SpaceX a perdu 8 % et Tesla près de 11 %, soit plus de 300 millions de dollars de valeur combinée. Musk avait pourtant investi près de 450 millions de dollars dans des campagnes républicaines, dont au moins 45 millions en soutien à Ken Paxton pour le siège sénatorial du Texas, un État finalement conquis par les démocrates. Au total, les sept grandes entreprises technologiques américaines, dont Apple, Nvidia et Tesla, ont perdu mille milliards de dollars de valeur en une seule journée de cotation.
Pour Susannah Streeter, stratège en chef des investissements chez Wealth Club, la brutalité de la correction traduit une double anxiété des marchés. « Une nouvelle panique autour du secteur de l’intelligence artificielle a frappé Wall Street de plein fouet », a-t-elle déclaré. « Les craintes que les sommes colossales investies dans l’infrastructure d’intelligence artificielle ne génèrent pas les rendements escomptés entrent désormais en collision avec la perspective d’un ralentissement brutal de la construction de centres de données. »
Certains dirigeants du secteur reconnaissent avoir sous-estimé le rejet populaire. Greg Brockman, président et cofondateur d’OpenAI, a admis que la réaction aux centres de données avait surpris l’ensemble de l’industrie. « Depuis San Francisco, on ne peut pas simplement publier un message pour dire que ça va être bien. Il faut être présent dans ces communautés », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Napa, en Californie. Dina Powell McCormick, présidente de Meta, a abondé dans ce sens, estimant que le secteur devait redoubler d’efforts pour convaincre l’opinion publique des bénéfices de l’intelligence artificielle.
Cette correction intervient sur fond de questionnements plus larges sur la valorisation des entreprises du secteur, certains analystes s’interrogeant depuis plusieurs mois sur la possibilité que les marchés aient formé une bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle.








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