Benyamin Netanyahou vient de perdre un soutien sur lequel il pouvait compter depuis près de trente ans. Jeudi 5 novembre, le parti ultra-orthodoxe Judaïsme unifié de la Torah (UTJ), partenaire traditionnel du Premier ministre israélien, a annoncé qu’il ne recommanderait aucun candidat pour former le prochain gouvernement. Une décision prise lors des consultations organisées par le président Isaac Herzog, après les élections législatives du 27 octobre. Le mouvement religieux, qui dispose de sept sièges à la Knesset, avait soutenu Netanyahou lors des cinq précédents scrutins. Son refus de renouveler cet appui constitue un revers pour le dirigeant du Likoud, déjà privé de majorité parlementaire.
Le scrutin du 27 octobre n’a permis à aucun des deux principaux camps d’obtenir les 61 sièges nécessaires pour gouverner seul. Si le Likoud de Netanyahou demeure la première formation du pays avec 27 députés, son bloc nationaliste et religieux ne totalise que 53 sièges. Face à lui, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et dirigeant du parti Yashar, tente de réunir une coalition alternative. Le retrait du soutien de l’UTJ modifie les rapports de force : selon les décomptes publiés jeudi par la presse israélienne, Eisenkot bénéficie désormais des recommandations de 56 parlementaires, contre 46 pour Netanyahou. Le soutien du parti arabe Ra’am, fort de huit députés, contribue notamment à cette avance.
La question du service militaire au cœur de la rupture
Derrière la décision du parti ultra-orthodoxe se trouve un désaccord ancien sur l’exemption de service militaire accordée aux étudiants des écoles talmudiques. Les dirigeants de l’UTJ reprochent à Netanyahou de ne pas avoir fait adopter une législation garantissant durablement ces exemptions, pourtant essentielles à leur électorat. Devant Isaac Herzog, leurs représentants ont fait savoir que cette question primerait désormais sur les considérations partisanes. « Nous sommes venus parler de sujets, pas de personnes », a expliqué le député Yitzhak Pindrus. Le mouvement n’a toutefois pas annoncé son ralliement à Eisenkot et pourrait encore négocier sa participation à une future coalition, à condition d’obtenir des garanties sur le statut des étudiants religieux.
La décision revient désormais au président Isaac Herzog, qui doit désigner d’ici au 11 novembre le parlementaire chargé de tenter de former un gouvernement. Gadi Eisenkot dispose d’un avantage dans les recommandations recueillies, mais la constitution d’une majorité reste particulièrement complexe. Les partis arabes, qui ont remporté ensemble 19 sièges, pourraient jouer un rôle déterminant, alors même que les principaux dirigeants des deux blocs ont jusqu’à présent refusé de gouverner avec eux. De son côté, Netanyahou demeure Premier ministre par intérim et conserve la possibilité de négocier de nouveaux soutiens. Après près de trois décennies d’alliance avec les ultra-orthodoxes, le dirigeant israélien aborde toutefois ces discussions dans une position fragilisée, tandis que son rival tente de transformer les résultats du scrutin en une alternance gouvernementale.









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