Le Premier ministre François Bayrou s’est rendu à Biarritz pour participer à la 6e édition des Journées de la géothermie, un événement consacré à cette énergie renouvelable encore peu exploitée en France. Au cours d’un discours de 27 minutes, il a vanté une « source inépuisable d’énergie », « gratuite et abondante », présentant la géothermie comme un levier stratégique de la transition énergétique.
Mais c’est le mode de transport choisi pour ce déplacement express qui suscite aujourd’hui la polémique : comme l’a révélé le journal Sud-Ouest, François Bayrou a effectué l’aller-retour entre la base aérienne de Villacoublay et Biarritz à bord d’un jet privé gouvernemental de type Dassault Falcon 900. Un vol d’environ 1h10 dans chaque sens, contre 1h30 passée sur place.
Un déplacement court mais à forte empreinte carbone
Le recours aux jets privés par les personnalités politiques est régulièrement critiqué en raison de leur forte empreinte environnementale. Selon une étude publiée en 2021 par la fédération européenne d’ONG Transport & Environment, les jets privés peuvent émettre jusqu’à 14 fois plus de CO2 par passager-kilomètre qu’un avion de ligne classique, et 50 fois plus que le train.
À titre de comparaison, un Falcon 900 consomme environ 1 200 litres de kérosène par heure de vol, ce qui représente environ 3,16 tonnes de CO2 par heure, selon les coefficients d’émission établis par l’Agence européenne pour l’environnement. Soit plus de 6 tonnes pour l’aller-retour de Francois Bayrou, équivalentes aux émissions annuelles d’un citoyen moyen en Inde.
Ce déplacement a donc relancé le débat sur la cohérence écologique des pratiques gouvernementales, alors que la France a interdit en 2022 les vols domestiques pour lesquels une alternative ferroviaire de moins de 2h30 existe, sauf exception liée à la sécurité ou à l’agenda ministériel (article L6412-3 du Code des transports).
L’entourage du Premier ministre a indiqué à BFMTV que ce déplacement relevait d’un « engagement personnel » sur un sujet stratégique, ajoutant que « François Bayrou utilise habituellement les lignes régulières pour se rendre à Pau », sa ville d’origine.
Géothermie : une énergie clé pour la transition énergétique
Sur le fond, François Bayrou a profité de ce rendez-vous pour annoncer le renforcement du plan géothermie du gouvernement, soutenu par le commando interministériel géothermie mis en place en 2023. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, la France dispose d’un important potentiel géothermique, en particulier dans les Hauts-de-France, le Bassin parisien et l’Aquitaine. Pourtant, moins de 1 % de la chaleur utilisée en France provient de la géothermie.
Le Premier ministre a ainsi plaidé pour une multiplication par dix des professionnels du secteur, avec la création de trois nouvelles écoles spécialisées à Beauvais, Marseille et Lescar (Pyrénées-Atlantiques). Cette annonce s’inscrit dans la continuité du plan France Nation Verte lancé en octobre 2022.
Des réactions politiques en cascade
Sur les réseaux sociaux, plusieurs figures de l’opposition n’ont pas manqué de souligner l’ironie du déplacement. Hélène Laporte, vice-présidente du Rassemblement national, a dénoncé les « milliers d’euros aux frais du contribuable » et la « tonne de CO2 émise pour une heure sur place ». Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a quant à lui fustigé une écologie « à géométrie variable » : « Deux heures de jet pour 30 minutes de discours. L’écologie selon Bayrou ».
Ce n’est pas la première fois que le Premier ministre est épinglé pour ce type de déplacements. En janvier dernier, Le Monde avait rapporté que M. Bayrou s’était rendu à Pau à bord d’un Falcon 7X pour présider le conseil municipal, consommant environ 800 kg de carburant pour un vol de 52 minutes.
Une polémique révélatrice d’un enjeu plus large
Le cas Bayrou illustre les contradictions persistantes entre discours écologique et pratiques gouvernementales. Dans un rapport publié en avril 2024, la Cour des comptes appelait l’exécutif à réduire les déplacements aériens de ses membres et à favoriser le train lorsque cela est possible, soulignant un décalage avec les engagements pris dans la Stratégie nationale bas-carbone.
Alors que la France s’apprête à accueillir la COP33 à Lyon en 2026, la question de l’exemplarité écologique des dirigeants restera sans doute au cœur des débats.








