À quelques mois de la fin de son mandat, la maire de La Nouvelle-Orléans, LaToya Cantrell, a été inculpée vendredi par un grand jury fédéral. Les procureurs l’accusent d’avoir participé à un stratagème de plusieurs années destiné à masquer une relation intime avec son garde du corps, Jeffrey Vappie, tout en lui permettant de percevoir indûment des fonds publics.
Première femme élue à la tête de la ville en 300 ans d’histoire, Cantrell fait désormais face à des accusations de conspiration, fraude et obstruction. Le corps d’accusation de 18 chefs détaille des voyages à travers les États-Unis — vignobles californiens, Martha’s Vineyard, Écosse — financés en partie par la municipalité et présentés comme des missions officielles. Selon l’acte, Vappie a touché plus de 70 000 dollars de fonds publics pour ces déplacements alors qu’il passait du temps seul avec l’édile.
Les enquêteurs affirment que les deux responsables échangeaient via plus de 15 000 messages sur WhatsApp, souvent effacés, et ont multiplié les efforts pour tromper les agents du FBI. Ces communications incluraient également des propos intimes et des tentatives de dissimulation auprès de leurs collaborateurs. Cantrell, qui a toujours défendu le caractère « professionnel » de sa relation avec Vappie, n’a pas encore réagi publiquement à l’inculpation.
Élue en 2017 sur une image de candidate « proche du peuple » et largement réélue en 2021, Cantrell avait vu son second mandat basculer après l’ouragan Ida, avec une gestion critiquée des services publics, une hausse de la criminalité et plusieurs scandales liés à ses voyages en première classe aux frais de la ville. Elle avait survécu à une tentative de destitution en 2022, soutenue par des opposants issus de son propre électorat démocrate.
Cette inculpation marque une nouvelle étape dans une longue série d’affaires de corruption en Louisiane et à La Nouvelle-Orléans. En 2014, l’ancien maire Ray Nagin avait été condamné à dix ans de prison pour corruption et fraude, tandis que d’autres figures politiques locales ont également été frappées par la justice fédérale ces dernières décennies. « La corruption publique nous paralyse depuis des années », a souligné le procureur par intérim Michael Simpson, qualifiant l’affaire Cantrell de « particulièrement significative ».
Si elle est reconnue coupable, Cantrell pourrait devenir la première maire en exercice de La Nouvelle-Orléans à être condamnée pour corruption, ajoutant un nouvel épisode au lourd héritage judiciaire d’une ville régulièrement secouée par les scandales politiques.
