Entrevue vous en a parlé dès hier : un doigt sectionné, une rançon en millions, et un commando armé en plein Paris. Samedi soir, la police a libéré dans l’Essonne le père d’un entrepreneur en cryptomonnaies enlevé 60 heures plus tôt en pleine rue. Ce rapt n’est pas un cas isolé : en quelques mois, plusieurs proches de figures de la cryptosphère ont été kidnappés, torturés, séquestrés. Un mode opératoire ultraviolent, une cible claire : ceux qui gagnent gros dans les actifs numériques. Le dernier épisode en date ? Le 2 mai, vers 10h30, dans le XIVe arrondissement de Paris, quatre hommes cagoulés enlèvent un homme à la sortie de son domicile. Il s’agit du père d’un chef d’entreprise ayant fait fortune dans les cryptos. La rançon exigée atteint les 7 millions d’euros. Deux jours plus tard, la BRI intervient. L’homme est retrouvé vivant, mais mutilé — un doigt coupé. D’autres sévices étaient en préparation, selon une source proche du dossier. Cinq suspects ont été arrêtés, tous jeunes, tous en lien avec la séquestration.
Des fortunes numériques, des méthodes barbares
Ce fait divers glaçant ne fait que rallonger une liste désormais préoccupante. Le 21 janvier dernier, c’est David Balland, cofondateur de la société Ledger (spécialisée dans la sécurité des cryptos), qui est enlevé avec sa compagne dans le Cher. Là encore, une vidéo d’un doigt tranché est envoyée pour exiger une rançon en cryptomonnaie. Lui sera retrouvé ligoté à Châteauroux. Sa compagne, enfermée dans un coffre de voiture, dans l’Essonne. Neuf suspects sont mis en examen, dont un commanditaire présumé. Début janvier toujours, un homme de 56 ans est découvert enfermé dans un coffre près du Mans. Il s’agit du père d’un influenceur crypto très suivi sur les réseaux sociaux, installé à Dubaï, et connu pour exhiber ses gains et sa réussite. Le message des ravisseurs est clair : les millions virtuels attisent des convoitises bien réelles.
Une dérive violente, une protection défaillante
Des enlèvements dignes de scénarios mafieux, des rançons exorbitantes exigées en actifs numériques, des mutilations en guise d’avertissement… Cette montée de la violence ciblée contre les fortunes du web 3.0 est désormais bien installée. En face, l’appareil de sécurité peine à suivre : la cryptosphère évolue en dehors des réseaux traditionnels, et ses figures sont souvent jeunes, médiatisées, mais très peu protégées. Alors que la France continue d’attirer de nombreux acteurs de la cryptoéconomie, la question devient brûlante : combien de temps avant qu’un de ces rapts ne tourne au drame absolu ? Désormais, on coupe, on torture, on filme. Jusqu’où iront-ils ?