Elle n’a rien vu venir. En rentrant chez elle, après une journée ordinaire derrière les barreaux, c’est sa voiture qui a parlé pour elle : dégradée, ciblée, devant son domicile. À cet instant précis, pour cette surveillante de prison du nord de la France, plus aucun doute : ce n’est plus son métier qui est en danger, c’est elle, jusque chez elle. Depuis, la peur ne la lâche plus. En arrêt maladie temporaire, elle vit chaque déplacement comme une menace. « Je regarde tout le temps derrière moi. À tout moment, je me dis qu’on peut me tirer dessus. » Cette phrase, lancée sans détour, traduit l’état d’alerte permanent dans lequel elle évolue désormais. Et si elle affirme vouloir reprendre le travail, la sérénité, elle, ne reviendra pas de sitôt.
Une fonction devenue une cible
Rien, dans sa vie personnelle, ne pouvait expliquer cette attaque. Pas de conflit, pas de tension connue. Tout indique qu’on ne s’en est pas pris à elle, mais à son uniforme. « Je n’ai pas de problème à l’extérieur. C’est l’uniforme qu’ils ont visé. » Depuis plusieurs semaines, les agressions contre les surveillants pénitentiaires se multiplient. Incendies, tags menaçants, tirs… Des intimidations qui se déplacent de l’univers carcéral jusqu’aux domiciles, contaminant la sphère privée. Pour beaucoup d’agents, comme cette jeune femme, le message est clair : porter l’uniforme, c’est désormais risquer sa peau — même en civil. Dans ce climat de tensions, sa voix s’ajoute à celle de tous ceux qu’on ne protège plus que symboliquement. Ceux qui assurent le maintien de l’ordre derrière les murs, et qui, une fois dehors, sont livrés à eux-mêmes.