Depuis janvier, les matous de cette paisible commune d’Ariège reviennent de leurs escapades avec la fourrure taillée au rasoir. Les propriétaires découvrent à chaque fois une même signature : une bande nette de 8 à 9 cm apparue près de l’omoplate ou sur le flanc, comme si une tondeuse sans sabot avait patiné en plein drift. Le premier signalement date de la mi-février, l’animal griffe encore la porte quand sa maîtresse raconte la scène. Deux mois plus tard, rebelote : un second chat part à 9 h, revient à 11 h, couvert de passages irréguliers, preuve qu’il s’est débattu sous la lame. Entre ces deux dates, aucun témoin, aucune caméra, seulement le silence d’un village de 4 000 âmes qui sent soudain le poil brûlé.
Un modus operandi inédit
Attraper un chat adulte, le maintenir assez longtemps pour le raser, et repartir sans laisser de témoin relève déjà du tour de force. Le « serial tondeur » agit sans anesthésie ni anesthésiant, se contente d’emporter quelques touffes en trophée, puis relâche sa victime comme si de rien n’était. Pas de coupures, pas de marques de violence, juste le cuir nu qui rougit à l’air libre. Le geste paraît gratuit, mais la répétition signe une intention nette : transformer un animal de compagnie en panneau publicitaire macabre.
La commune en alerte, la police s’organise
Prévenus par les réseaux de voisinage, le maire Louis Marette reconnaît qu’il n’avait jamais vu pareille fantaisie. La municipalité va saisir la police locale afin d’écumer ruelles, jardins et chemins où les félins aiment flâner. En attendant, les propriétaires gardent leurs chats à l’intérieur, vérifient la moindre touffe suspecte sur le tapis, et hésitent entre ironie et colère. Aucune plainte n’a encore été déposée, mais le mystère file à pas feutrés : s’il récidive, le tondeur risque de troquer la tondeuse contre un procès, et cette fois-ci, le rasage se fera devant le tribunal.