Trois ans après la mort de Souheil El Khalfaoui, abattu par un policier à Marseille le 4 août 2021, de graves zones d’ombre ont refait surface. Neuf pièces à conviction, pourtant essentielles à l’enquête, ont disparu, a révélé cette semaine la famille du jeune homme. Parmi elles : la balle mortelle, les vidéos de surveillance et l’audition filmée du policier mis en cause. Issam El Khalfaoui, père du défunt, a appris récemment la disparition de ces scellés. Il a porté plainte pour détournement de pièces à conviction, visant directement l’ancienne procureure de la République de Marseille. Le parquet a confirmé avoir ouvert une enquête en réponse à cette plainte. Pour la famille, ces absences relèvent d’une entrave manifeste à la manifestation de la vérité.
Une balle dans le cœur et une enquête qui vacille
Souheil El Khalfaoui, 19 ans, avait été tué lors d’un contrôle routier dans les rues de Marseille. Selon la version initialement retenue par les autorités, il conduisait sans permis et aurait renversé un agent en tentant de fuir. Un policier aurait alors ouvert le feu, atteignant le jeune homme en pleine poitrine. Sa mort avait provoqué une vive émotion dans son quartier, puis dans tout le pays. Mais la version policière, contestée dès le départ par les proches de Souheil, semblait devoir être confrontée à des images de vidéosurveillance et à la déposition enregistrée du fonctionnaire ayant tiré.
Comment est-ce possible ?
Ces éléments, aujourd’hui introuvables, devaient éclaircir les circonstances exactes de l’usage de l’arme à feu. La disparition des scellés, au cœur d’une affaire aussi sensible, ravive les soupçons d’irrégularités dans la gestion du dossier. Elle vient fragiliser un peu plus la confiance de la famille dans l’institution judiciaire. Le père du jeune homme, à la fois accablé et déterminé, a dénoncé publiquement ce qu’il considère comme une atteinte grave à ses droits. Le parquet de Marseille, désormais sous pression, a annoncé qu’une enquête était en cours pour faire toute la lumière sur le sort de ces pièces manquantes. Mais trois ans après le tir mortel, le sentiment d’opacité persiste. Et le doute, lui, continue de peser lourd.