Pas de voiture, pas de vacances, pas de solution. Depuis l’extension du rappel « stop drive » aux véhicules équipés d’airbags Takata en métropole, les automobilistes vivent un été à l’arrêt. Au total, 1,7 million de véhicules sont concernés. Une mesure nécessaire face à un danger mortel, mais appliquée dans la confusion et le manque criant de moyens. Ateliers saturés, voitures de prêt indisponibles, rendez-vous annulés à la dernière minute… et toujours aucun arrêté officiel pour encadrer la suite. Promis fin juin, ce texte du ministère des Transports est désormais attendu pour la semaine prochaine. Trop tard pour ceux qui, comme Coline, propriétaire d’une Citroën C3 immobilisée depuis la mi-juin, voient leur vie professionnelle mise en péril. Cette intermittente du spectacle risque de perdre ses droits à l’assurance chômage, faute de pouvoir se rendre à ses engagements. Patrick, 61 ans, roule quant à lui toujours avec sa Chrysler 300C équipée d’un airbag qu’il sait dangereux, mais qu’aucune concession ne veut lui remplacer, la marque n’étant plus distribuée en France. « On va en Normandie avec une bombe dans le volant », lâche-t-il, résigné.
Des garages débordés, des victimes exaspérées
À l’origine du chaos : l’extension du rappel aux véhicules fabriqués avant 2011, y compris en Corse et Outre-mer. Résultat, les ateliers sont débordés et peinent à trouver les pièces. Seuls 410 000 véhicules ont été traités au deuxième trimestre 2025. À ce rythme, il faudra au moins 18 mois pour réparer l’ensemble du parc, sans compter les 600 000 véhicules supplémentaires bientôt inclus dans le nouveau rappel simple. Face à l’absence de solutions, les victimes s’organisent elles-mêmes. Le collectif « Scandale Airbags Takata », qui rassemble plus de 8 000 membres sur Facebook, partage des conseils, organise des prêts de véhicules, alerte les médias. Sa fondatrice, Maryse-Hélène Malroux, fulmine : « L’État annonce des mesures mais ne les applique pas. C’est un mépris total pour les victimes. »
Un arrêté attendu pour imposer enfin des obligations aux constructeurs
L’arrêté ministériel devrait enfin poser des règles strictes : délais de réparation obligatoires, fourniture d’un véhicule de remplacement, astreintes financières pour les constructeurs négligents. Mais sur le terrain, les automobilistes n’y croient plus. Vanessa, à Nice, propriétaire d’une DS3, ne comprend toujours pas pourquoi son numéro VIN n’est pas concerné alors que son modèle figure dans la liste. Céline, de son côté, a pu bénéficier d’un véhicule de prêt… mais sans contrat d’assurance. L’Union des méprisés de l’industrie automobile (UMIA), dans une lettre ouverte, évoque « l’actualité endeuillée » en référence à l’accident mortel de Reims, le 11 juin dernier, imputé à un airbag défectueux. Alors que les voitures continuent de rouler avec des dispositifs potentiellement mortels, l’inertie des autorités et l’improvisation des constructeurs achèvent de miner la confiance. Pour de nombreux automobilistes, la sécurité est devenue une loterie.