Quarante ans après la découverte du corps du petit Grégory Villemin dans la Vologne, le nom de Jacqueline Jacob revient sur le devant de la scène judiciaire. À 81 ans, la grand-tante de l’enfant doit être entendue vendredi 5 septembre à Dijon par le juge d’instruction Dominique Brault. À l’issue de cette comparution, elle pourrait être mise en examen pour « association de malfaiteurs criminelle ».
Des soupçons reposant sur des expertises contestées
La justice lui reproche une participation présumée, entre 1982 et 1984, à des menaces, appels et courriers anonymes visant la famille Villemin. La stylométrie, méthode d’analyse des textes, ainsi qu’une expertise en écriture la désignent comme l’auteure possible de plusieurs lettres du corbeau. Elle est aussi soupçonnée d’avoir passé un appel de revendication le jour de l’assassinat. Enfin, un proche aurait reconnu sa voix et son rire dans des enregistrements. Ces éléments, ajoutés à l’animosité durable entre le couple Jacob et les Villemin, alimentent la piste d’une implication. Pour autant, le parquet général de Dijon avait exprimé au printemps ses réserves, estimant que ces indices ne suffisaient pas à établir une complicité d’assassinat. Les précédentes mises en examen de Jacqueline Jacob en 2017 pour « enlèvement et séquestration » avaient d’ailleurs été annulées en 2018 pour des raisons de procédure.
Une défense vent debout contre la convocation
Les avocats de l’octogénaire dénoncent une manœuvre procédurale et jugent les expertises peu crédibles. Ils s’insurgent contre le calendrier, la convocation survenant à deux jours d’un procès d’assises majeur auquel ils doivent participer, et envisagent de demander un report. Pour eux, la nouvelle orientation du dossier n’apporte rien de sérieux et vise à fragiliser la défense. Quarante ans après les faits, l’affaire Grégory reste donc un labyrinthe judiciaire, où la justice continue de chercher des responsables malgré des décennies de procédures, de revirements et d’annulations. Jacqueline Jacob, qui avait choisi le silence lors de ses précédentes auditions, devra décider cette fois si elle rompt ou non avec cette ligne de défense.