Dans l’Aisne, la commune de Château-Thierry a décidé de mettre cartes sur table. Depuis avril, la municipalité affiche dans l’espace public le coût réel de certains services – transports, crèches, entretien des espaces verts – comparé à leur prix facturé aux habitants. Une manière, selon elle, de sensibiliser la population à la valeur des services publics et à ce que couvrent réellement leurs impôts.
Crèche à 1,50 €, coût réel : 13,53 €
Dans les allées du marché, certains habitants découvrent avec surprise l’écart entre ce qu’ils paient et ce que cela coûte à la collectivité. Une habitante de 35 ans, mère de quatre enfants, confiait ainsi sa stupéfaction en découvrant qu’une heure de crèche, facturée en moyenne 1,50 € aux familles, coûtait en réalité 13,53 €. Elle reconnaissait avoir rarement mesuré ce que cela impliquait, notamment en termes de salaires et de repas fournis. Pour un ancien fonctionnaire, cette campagne a le mérite de « remettre les choses à leur place », face à ce qu’il qualifie de critiques parfois systématiques contre les services publics. Il estimait que cette démarche incitait à plus de responsabilité citoyenne. Même constat du côté des usagers des transports : un conducteur de bus soulignait qu’un ticket vendu 1,50 € revient en réalité à 11,79 € à la collectivité. Il disait avoir pris l’habitude de rappeler ce chiffre aux usagers mécontents des hausses de tarifs, ce qui, selon lui, calmait les esprits et aidait à faire passer le message.
Une pédagogie face aux critiques
Le maire de Château-Thierry et président de l’agglomération, Sébastien Eugène, expliquait vouloir rétablir une forme de vérité budgétaire, notamment à l’approche des élections municipales. Il rappelait que, contrairement à une idée reçue, l’impôt sur le revenu n’alimente pas directement les budgets locaux : ce sont principalement les taxes foncières et les contributions des entreprises qui financent les services de proximité. Crèches, transports collectifs, écoles de musique, entretien des bâtiments, soutien aux associations : la liste des postes concernés est longue. L’élu regrettait par ailleurs que les hausses de tarifs décidées par des collectivités soient souvent beaucoup plus mal perçues que celles du secteur privé, même lorsqu’elles suivent simplement l’inflation. Il voyait dans cette campagne une arme de pédagogie face aux discours simplistes qui, selon lui, ne manqueraient pas de refaire surface à l’approche du scrutin. L’initiative, bien reçue localement, commence déjà à faire des émules : plusieurs collectivités, dont l’agglomération de Cholet, ont pris contact avec les services de Château-Thierry pour s’en inspirer. Un affichage clair pour une démocratie plus informée.