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Sabotages en Europe : une vague d’attaques attribuées à la Russie

Sabotages en Europe : une vague d’attaques attribuées à la Russie
Sabotages en Europe : une vague d’attaques attribuées à la Russie

Des incendies dans des usines de défense, des drones piégés, des colis explosifs : depuis le début du mois d’août, une série d’actes de sabotage vise des sites militaires et industriels à travers l’Europe. Plusieurs pays pointent directement Moscou.

Tout a commencé le 4 août à Leipzig. Des drones bourrés d’explosifs sont découverts dans l’aéroport de la ville, utilisé par l’Ukraine pour acheminer du matériel militaire. Un mois plus tard, la ministre allemande de l’Intérieur tranche : « La Russie est responsable. » Vladimir Poutine réclame des preuves, ses officiels qualifient l’accusation d’« absurde ».

Mais Leipzig n’était qu’un début. Tout au long du mois d’août, des incendies suspects ont touché des installations de défense d’un bout à l’autre du continent. Le 10 août, une usine du fabricant bulgare EMCO prend feu. Trois jours plus tard, c’est un site de KNDS Ammo Italy, près de Rome, qui explose. Le parquet local a ouvert une enquête pour « désastre par négligence » contre « personnes inconnues », sans exclure une intervention extérieure.

Le 15 août, l’usine Milrem Robotics de Tallinn, qui fournit des drones à l’Ukraine selon le Kyiv Post, est ravagée par les flammes. Deux suspects sont arrêtés. Le Premier ministre estonien Kristen Michal indique que la piste d’un sabotage russe est « prise au sérieux » par les enquêteurs.

En Slovaquie, le 25 août, la police annonce avoir déjoué une tentative d’incendie criminel contre un fabricant de drones appartenant à des Ukrainiens, saisissant une « grande quantité de mélange incendiaire ». Trois suspects sont interpellés, accusés d’avoir « suivi des ordres ». Le 30 août, la Pologne recense deux nouveaux incendies : l’un dans une usine de composants d’hélicoptères à Lublin, l’autre chez WB Group, un producteur de drones, où un homme masqué est filmé en train de lancer des engins incendiaires. Le Premier ministre Donald Tusk parle d’une « continuation des activités d’escalade de la Russie ».

La série s’est prolongée en septembre avec l’arrestation de deux ressortissants bulgares à Munich, soupçonnés d’avoir jeté des engins incendiaires depuis une voiture contre l’entreprise de défense Rhode & Schwartz. La police fédérale allemande a par ailleurs recensé plus de 165 cas de sabotage suspects sur son territoire depuis le début de l’année.

Pourquoi cette concentration d’attaques maintenant ? Daniela Richterova, chercheuse au département des études sur la guerre du King’s College de Londres, relie cette intensification aux développements sur le front ukrainien. « L’Ukraine a porté la guerre en Russie et frappé profondément à l’intérieur du territoire russe. Moscou est sous pression, il faut qu’elle fasse quelque chose », analyse-t-elle. Selon elle, l’objectif du Kremlin est un « signal coercitif » : pousser les pays à cesser leur soutien à Kiev en haussant le niveau de risque.

Keir Giles, du think tank Chatham House, avance une autre lecture : Moscou chercherait moins à « couper les robinets » des livraisons d’armes qu’à tester les failles de l’Otan. « La Russie sonde les limites de ce qui est acceptable et collecte des informations sur les résultats. Elle identifie ce qui fonctionne et ce qui est vulnérable », dit-il, voyant dans ces opérations une préparation à la « prochaine phase » de l’agression russe en Europe.

L’International Institute for Strategic Studies (IISS) note un précédent pic en 2024, lorsque les alliés de l’Ukraine ont autorisé l’utilisation d’armes occidentales plus profondément en territoire russe. Cette année-là, des colis contenant des explosifs liquides avaient été envoyés vers le Royaume-Uni et la Pologne depuis la Lituanie. L’un d’eux avait pris feu peu avant d’être chargé sur un avion cargo DHL, ce qui était considéré comme un test avant une opération d’envergure. La Maison-Blanche avait alors contacté le Kremlin pour lui signifier d’arrêter.

La grande majorité des sabotages sont exécutés par des intermédiaires recrutés en ligne, souvent des russophones issus d’ex-républiques soviétiques, motivés par l’argent plutôt que par des convictions politiques. L’IISS les compare à des drones kamikazes : peu coûteux, déployables en masse, mais jetables. Si des professionnels ont bien été envoyés pour l’opération de Leipzig, cela indiquerait que Moscou voulait cette fois de la précision. Les engins semblent pourtant avoir dysfonctionné.

Richterova voit dans ces attaques l’héritage direct du manuel soviétique de la guerre froide : des actions limitées et niables en temps de paix, destinées à s’intensifier en cas de conflit ouvert. « Je pense que nous sommes encore dans la zone grise entre les deux, mais les attaques des dernières semaines rétrécissent cette zone », prévient-elle. Le risque d’escalade accidentelle reste le plus redouté : un colis explosif qui aurait sauté en plein vol, un drone qui aurait abattu un avion à Leipzig. « Cela pourrait déboucher sur une attaque majeure, à laquelle l’Otan ne pourrait pas rester indifférente », conclut-elle.

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