La France serait le pays où il est le plus facile d’accéder à l’enseignement supérieur. C’est ce qu’a affirmé Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur alors que Parcoursup fait l’objet de nouvelles critiques de la part des lycéens. Pour défendre son argument, le ministre s’appuie sur une étude de l’OCDE indiquant que 95 % des candidats français avaient reçu au moins une proposition d’admission en 2024. Un chiffre exact, mais qui ne signifie pas nécessairement que les étudiants obtiennent la formation de leur choix. Derrière cette statistique se cachent d’importantes inégalités selon les filières et les parcours scolaires.
Selon le rapport Regards sur l’éducation 2025 de l’OCDE, la France affiche effectivement le taux de proposition d’admission le plus élevé parmi les vingt pays étudiés. Toutefois, recevoir une proposition ne garantit ni l’inscription effective dans une formation ni l’accès à la spécialité souhaitée. En 2024, seuls 83 % des candidats ayant obtenu une proposition se sont finalement inscrits dans l’enseignement supérieur. Cet indicateur mesure avant tout la capacité du système à proposer une place, et non la sélectivité réelle des établissements. Un étudiant peut ainsi être accepté dans une licence universitaire sans avoir obtenu le BTS, le BUT ou la classe préparatoire qu’il souhaitait intégrer.
Des milliers de bacheliers confrontés à une sélection inégale
Les résultats de Parcoursup 2026 mettent en évidence des différences considérables entre les profils des candidats. Parmi les bacheliers professionnels ayant demandé un BTS, 32 939 n’ont reçu aucune proposition dans cette filière, soit environ un tiers des demandeurs concernés. La situation est également difficile pour les bacheliers technologiques : 48 700 candidats ayant formulé un vœu en institut universitaire de technologie n’ont obtenu aucune proposition dans ce type d’établissement. Ces chiffres illustrent le décalage entre les aspirations des élèves et le nombre de places disponibles dans certaines formations. Si l’université accueille une grande partie des candidats, les filières professionnalisantes et sélectives restent soumises à une forte concurrence, avec des conséquences particulièrement importantes pour les bacheliers technologiques et professionnels.
Ces difficultés d’orientation contribuent à alimenter le débat sur les taux d’échec à l’université. Selon les données de l’OCDE, seuls 34 % des nouveaux inscrits dans les universités publiques françaises obtiennent leur licence en trois ans, contre une moyenne internationale de 43 % dans les établissements publics et privés des pays étudiés. Philippe Baptiste reconnaît lui-même qu’une partie de la sélection intervient finalement après l’entrée à l’université, notamment lors de la première année de licence. Le gouvernement a annoncé une transformation de Parcoursup, avec davantage de transparence dès 2027 et son remplacement prévu en 2028. Mais au-delà du fonctionnement de la plateforme, la question centrale reste celle des capacités d’accueil dans les formations les plus demandées. La France permet à une grande majorité de candidats de recevoir une proposition, sans pour autant garantir à chacun un accès à la filière correspondant à son projet d’études.









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