Les salariés du secteur privé voient leur pouvoir d’achat salarial diminuer. Selon les données provisoires publiées vendredi 6 novembre 2026 par le ministère du Travail, le salaire mensuel de base a reculé de 1,1 % sur un an, une fois l’inflation prise en compte. Ces chiffres interviennent au lendemain d’une importante mobilisation sociale et à quelques jours d’une conférence consacrée aux salaires à Matignon.
Les rémunérations progressent sur les fiches de paie, mais moins rapidement que les prix. Au troisième trimestre 2026, l’indice du salaire mensuel de base (SMB) des salariés du secteur privé a augmenté de 0,2 % par rapport au trimestre précédent et de 1,9 % sur un an, selon les premiers résultats de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Toutefois, après correction de l’inflation, cette évolution correspond à une diminution de 1,1 % du pouvoir d’achat salarial sur douze mois.
Cette distinction entre salaire nominal et salaire réel est essentielle pour comprendre les difficultés rencontrées par les ménages. Une augmentation de rémunération ne garantit pas une amélioration du niveau de vie lorsque les prix augmentent davantage. Le salaire mensuel de base mesure les rémunérations habituelles, hors primes et heures supplémentaires, dans les entreprises privées concernées par l’enquête. Il ne représente donc pas l’intégralité des revenus perçus par les salariés, mais constitue un indicateur important de l’évolution des salaires.
Toutes les catégories professionnelles touchées
Le recul concerne l’ensemble des grandes catégories socioprofessionnelles. En euros constants, le salaire mensuel de base diminue de 1,2 % sur un an pour les ouvriers et de 0,8 % pour les employés. Les cadres et les professions intermédiaires enregistrent une baisse plus marquée, de 1,3 %. Ces évolutions montrent que la perte de pouvoir d’achat salarial ne se limite pas aux rémunérations les plus modestes, même si les conséquences financières diffèrent selon les niveaux de revenus.
L’indice du salaire horaire de base des ouvriers et des employés (SHBOE) confirme cette tendance. Dans les entreprises privées d’au moins dix salariés, hors agriculture et particuliers employeurs, il progresse de 2,1 % sur un an en valeur nominale. Mais une fois l’inflation déduite, il recule de 1 %. Ce résultat souligne les difficultés des revalorisations salariales à suivre l’évolution des prix, malgré les augmentations accordées dans certaines branches professionnelles.
Un retournement après plusieurs trimestres plus favorables
Ces données marquent une dégradation par rapport au deuxième trimestre 2026. Dans ses résultats définitifs publiés en septembre, la Dares avait constaté une progression annuelle de 2 % du salaire mensuel de base, légèrement supérieure à l’inflation de 1,7 %. Le pouvoir d’achat du salaire de base avait alors progressé de 0,2 % sur un an. Le troisième trimestre traduit donc un changement de tendance, avec une hausse des prix désormais supérieure à celle des rémunérations.
La Banque de France avait déjà relevé, dans une publication du 30 octobre, que les salaires négociés évoluaient moins rapidement que l’inflation. Au troisième trimestre, les augmentations prévues dans les accords d’entreprise atteignaient en moyenne 1,7 % sur un an, tandis que les minima de branche progressaient de 1,2 %. Dans le même temps, l’inflation moyenne s’établissait à 2,5 %. Les délais nécessaires aux négociations salariales expliquent en partie ce décalage entre l’évolution des prix et celle des rémunérations.
Une publication en pleine mobilisation sociale
La publication de ces chiffres intervient dans un contexte social particulièrement tendu. Jeudi 5 novembre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté en France pour réclamer notamment des augmentations de salaire et une amélioration du pouvoir d’achat. Les organisations syndicales ont annoncé plus de 1,5 million de participants, tandis que les autorités en ont recensé 575 000. Ces estimations divergentes témoignent néanmoins de l’ampleur de la mobilisation.
Les revendications portent notamment sur les salaires, les conditions de travail et la répartition des efforts économiques. Pour les syndicats, la progression des rémunérations doit permettre de compenser les hausses de prix supportées par les ménages. Du côté des entreprises, les négociations dépendent également de la situation financière des employeurs, des perspectives d’activité et des accords conclus au niveau des branches professionnelles.
Une conférence sociale attendue lundi à Matignon
Face à cette situation, le gouvernement a annoncé la tenue d’une conférence sociale lundi 9 novembre à Matignon. Cette réunion doit permettre d’aborder les questions de salaires et de pouvoir d’achat avec les partenaires sociaux. Elle intervient alors que les syndicats réclament des engagements concrets et que les résultats provisoires de la Dares viennent renforcer les inquiétudes concernant l’évolution des rémunérations réelles.
L’enjeu sera de déterminer quelles mesures pourraient soutenir le pouvoir d’achat sans fragiliser davantage les entreprises. Les discussions pourraient notamment porter sur les mécanismes de revalorisation salariale et sur le rôle des négociations collectives. Les données du troisième trimestre rappellent qu’une hausse des salaires affichée en pourcentage ne suffit pas nécessairement à améliorer la situation des travailleurs : pour préserver leur pouvoir d’achat, les rémunérations doivent également suivre l’évolution du coût de la vie.









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